Chroniques du regard 2016-2017 – Corps Gravitaires par Geneviève Duong – Beauté Brute par Collectif La Tresse

Publié le 7 mars 2017 par Mario Veillette

Beauté Brute - collectif La Tresse - Photo: David WongBeauté Brute – collectif La Tresse – Photo: David Wong

Dans un souci de soutenir la relève chorégraphique en offrant aux jeunes artistes un cadre où ils peuvent présenter des œuvres courtes, La Rotonde offre ici un programme double très intéressant dans sa complémentarité. Deux chorégraphies d’environ 30 minutes composent ce programme conjoint. L’une provient de Québec, l’autre de Montréal. CORPS GRAVITAIRES, créé par Geneviève Duong (Québec) est un trio de femmes accompagné d’un musicien sur scène. L’autre chorégraphie, BEAUTÉ BRUTE, a été créée par le collectif montréalais La Tresse et met en scène les trois chorégraphes-interprètes du projet.

CORPS GRAVITAIRES + BEAUTÉ BRUTE, c’est pour vous si vous voulez découvrir de nouvelles écritures chorégraphiques très actuelles.

CORPS GRAVITAIRES + BEAUTÉ BRUTE, c’est pour vous si vous aimez les chorégraphies où le corps est mis en action avec précision et conviction, dansées par des interprètes virtuoses.

CORPS GRAVITAIRES + BEAUTÉ BRUTE, c’est pour vous si vous voulez être emportés dans des univers différents. Les deux sont envoûtants, tout en restant chacun dans sa spécificité.

Corps Gravitaires

Dès l’origine du monde (et on retourne ici au Big Bang), des lois physiques se sont mises à exister. Attractions, répulsions et combinaisons existaient au niveau atomique. Ces forces et mouvements existent encore aujourd’hui mais comment peuvent-ils être traduits à plus grande échelle ? Comment les traduire en mouvements dansés par des humains ? Comment les vagues d’influences passent-elles d’un corps à un autre ? Comment les échos sonores peuvent-ils influencer les amalgames possibles entre des éléments solides ? C’est à ces questions que se raccroche la chorégraphe Geneviève Duong dans CORPS GRAVITAIRES.

Corps Gravitaires Photo: Nicola-Frank Vachon

Corps Gravitaires Photo: Nicola-Frank Vachon

Dans une chorégraphie mettant en scène quatre interprètes, trois danseuses et un musicien, les mouvements sont influencés par l’identification et l’expérimentation des lois physiques influençant la matière et la circulation d’énergies. Les mouvements rapprochent les individus et permettent des échanges de poids et de sensibilités. Ils les séparent aussi, permettant des échanges de partenaires et du travail en solo. La musique ambiante, composée par Benoît Fortier et interprétée au violon par Inti Manzi, influence la chorégraphie tout en agissant comme agent de liaison entre les différentes personnes dans l’espace scénique.

Les images sur scène peuvent rappeler les mouvements reliant autant l’histoire micro que macroscopique, comme le raconte Hubert Reeves dans Chroniques des atomes et des galaxies, livre qui accompagne la chorégraphe depuis le début du travail sur cette chorégraphie, à travers ses deux autres incarnations pour 5 interprètes (version 10 minutes, présentée aux Chantiers du Carrefour International de Théâtre de Québec en 2014, et version 30 minutes présentée à Vue sur la relève à Montréal en 2015).

Les danseuses s’amalgament de différentes manières, retrouvant les « patterns » atomiques ou galactiques. Les rencontres se font corps à corps, sans se soucier de l’individualité de la partenaire. Parfois, elles sont « simplement là », en attente. Quand elles se rencontrent dans cet environnement en constante évolution, elles peuvent se retrouver en mouvements parallèles les unes par rapport aux autres, devenir l’ombre ou le miroir l’une de l’autre mais aussi, la plupart du temps, elles profitent des rencontres pour créer une entité débordante d’énergie traduite en portés et échanges de poids divers.

Les danseuses interprètes sont Amélie Gagnon, Odile-Amélie Peters et Lila-Mae Talbot.

Dans CORPS GRAVITAIRES, les trois danseuses interprètes sont des femmes mais leur féminité est accessoire. Elle n’est aucunement mise de l’avant. Les corps sont neutres, tels les électrons de l’origine du monde à la base de la recherche chorégraphique. Une recherche dont la richesse était reconnue dès la première présentation de la version courte, en 2014 : « Dépourvue d’émotions et pourtant riche en résonances intimes, cette chorégraphie signée Geneviève Duong donne plutôt à voir le ballet des cellules et le mouvement de la vie elle-même. La proposition est originale, fascinante et brillamment interprétée. Elle est également trop brève. Mais s’il s’agissait de jeter avec cette prestation les bases d’un spectacle à venir, l’équipe relève avec brio ce pari : lorsqu’on applaudit, ce ne sont pas seulement les mains qui s’agitent, c’est le corps tout entier qui se met à vibrer. » Source : Gabriel Marcoux-Chabot, Le Devoir.

Beauté Brute

Dans BEAUTÉ BRUTE, l’univers est différent et la féminité des interprètes est affirmée : « La féminité à travers sa complexité, le fantasme, le pouvoir et la fragilité, les rituels, les archétypes féminins traditionnels et actuels, sont au cœur de leur travail… Explorant le corps dans sa globalité, elles oscillent aux frontières des catégories : entre l’ordre et le chaos, l’humanité et l’animalité, la vie et la mort, la beauté et la laideur, le cru et le délicat. Sans relâche, elles engagent l’entièreté de leurs corps dans une gestuelle très détaillée. Ce sont trois mèches qui s’entrelacent, tressant un tout indéfinissable. » Source : Juliette Marzano.

BEAUTÉ BRUTE se déploie dans un univers indéfini, qui semble isolé dans un noir intersidéral. Les interprètes sont souvent enveloppées d’un faisceau lumineux très serré qui magnifie la présence de ces créatures intemporelles, puisant leurs sources jusque dans la mythologie gréco-romaine. Présentant des images évoquant la féminité et les archétypes associés, elles passent des « trois grâces » de Botticelli aux autres expressions de la solidarité féminine en laissant découvrir tout un spectre de possibilités, menant à une recherche complexe et très actuelle de définition de la présence et du rôle de la femme dans la société. La quête passe par le rituel et le mystique. Elle passe aussi par l’expression du désir et du besoin de solidarité.

Beauté Brute - Photo: Valérie Boulet

Beauté Brute – Photo: Valérie Boulet

Les gestes sont constamment en métamorphose, liés aux différentes utilisations sonores et musicales qui supportent la chorégraphie. On retrouve dans cette attitude une recherche qui passe du désir de se conformer à une esthétique au désir de s’en émanciper, pour trouver sa propre voie. Elles ne sont que trois mais on reconnait parfois dans ce mini-groupe une appartenance tribale et une force du collectif indéniable. Elles ne craignent pas de retrouver une animalité et une expression brute du désir et de la sexualité, retrouvée dans des ondulations très organiques. Les danseuses sont absolument engagées dans cette cérémonie et elles y impliquent tous leurs attributs, chevelure comprise. « …  cette pièce se présente davantage comme une interrogation sur les différentes formes qu’ont pu revêtir les attributs de la féminité d’hier à aujourd’hui, entre assujettissement, sexualisation et libération. » Source : Octave Broutard dans les Cahiers Philo du OFFTA 2016.

Le collectif La Tresse est composé de trois danseuses, interprètes et chorégraphes : Laura Toma, Geneviève Boulet et Erin O’Loughlin. Les trois artistes aux parcours différents se sont rencontrées à Tel-Aviv en 2012 avant de se retrouver à Montréal pour fonder leur collectif de création. Boulet et O’Loughlin participaient alors à un stage de Gaga avec la compagnie Batsheva et Toma y graduait du programme de formation comme professeure.

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