Chroniques du regard 2017-18 No 5 « MÉCANIQUES NOCTURNES »

Publié le 9 novembre 2017 par Mario Veillette

 

Anne Plamondon, chorégraphe et interprète, est de retour à la Salle Multi de Méduse avec un tout nouveau spectacle : MÉCANIQUES NOCTURNES. Après avoir présenté avec grand succès Les mêmes yeux que toi en 2014, l’artiste revient sur scène en reprenant la formule chorégraphique du spectacle solo. Se retrouve ainsi, devant public, une femme en processus de création, à l’écoute d’elle-même, négociant avec ses désirs et ses envies. La danseuse investit ses acquis dans le mouvement et ses expériences, autant artistiques que professionnelles et humaines se retrouve indissociables au processus. Travaillant avec ses forces mais à travers ses doutes et ses embuches, elle déploie sa créativité pour inviter le public à l’accompagner dans sa démarche.

1 Mécaniques Nocturnes photo©Michael Slobodian

Crédit: Michael Slobodian 

« MÉCANIQUES NOCTURNES » c’est pour vous si vous aimez voir sur scène des personnages humains, faits de chair et de sang, présentés avec leurs vulnérabilités.

 

« MÉCANIQUES NOCTURNES  » c’est pour vous si vous aimez les spectacles introspectifs qui portent une dose d’espoir dans le futur.

 

« MÉCANIQUES NOCTURNES » c’est pour vous si vous voulez suivre la trajectoire chorégraphique d’une interprète reconnue pour son excellence professionnelle et ses interprétations toujours fluides et précises.

AnnePlamondon_02032017_166 ©Michael Slobodian

Crédit: Michael Slobodian

Le spectacle

Durant presque soixante minutes, au rythme de ses prises de conscience et suivant les méandres de son autoaffirmation, Anne Plamondon explore un univers concret sous forme d’une structure architecturale. L’univers qu’elle habite et dans lequel elle évolue est autant physique que mental et symbolique. Cette structure, dans laquelle elle se promène, est faite de tuyaux et de plateformes, parfois aussi de quelques projections vidéos, qui peuvent représenter certaines symboliques associées au processus de création. Certains éléments peuvent aussi rappeler des points marquants de la carrière de Plamondon, dont l’expérience d’une vie auprès des barres de ballet et le passage dans l’esthétique des danses contemporaines et urbaines.

La structure physique permet différentes façons d’habiter l’espace, différentes relations aux possibilités de mouvements ainsi que différentes attitudes face aux opportunités offertes par l’environnement lui-même. « Pas tout à fait seule sur scène, Anne Plamondon intègre une structure imposante formée d’une grande ligne horizontale rappelant la barre de ballet, à laquelle est greffé un échafaudage. « La difficulté était d’arriver à partager l’espace avec cette immense structure. En danse, souvent, le corps est suffisant, mais là, cet élément du décor est essentiel. Il faut trouver la justesse nécessaire pour composer en relation avec cet objet en métal qui, lui, est enraciné et rigide. » Source : Mélanie Carpentier.

Tout au long du spectacle, la danseuse se laisse porter par différents états et les investit dans le mouvement, dont la vitesse varie, passant d’une lenteur extrême où chaque micromouvement est profondément ressenti (dans sa forme et dans son développement) à une vitesse beaucoup plus grande, demandant alors une dépense d’énergie considérable.

La scène peut être perçue comme sur un champ de bataille, retenant la danseuse en état de tension mais particulièrement attentive à ses intuitions. Elle se laisse parfois vivre un abandon, un « lâcher prise », attendant la suite tout en évitant les brusqueries et les bousculades. Il émane de cette démarche un lien très fort entre la recherche physique du mouvement dansé et la construction artistique d’une chorégraphe qui cherche et veut trouver sa voie. Elle semble être autant attentive à la construction mécanique du mouvement qu’attentive à la construction de sa personnalité de créatrice.

« Cette pièce puise ainsi dans la mémoire physique de Plamondon, qui met en lumière la fine sensibilité de son corps au contact de l’espace, l’un sculptant l’autre. Émouvantes pointes d’étrangeté. Il y aura des touchers, du plaisir, des doutes. Des formes inquiétantes surgiront de l’espace grisant, envahissant, dominant. Des glissements montreront l’artiste puissante, acceptant de s’élancer selon son inspiration musicale, puis cédant à l’impulsion inverse de l’inquiétude, qui demande à la danseuse de sortir, élégante mais renonçant à sa facilité, comme si déjà une aile noire l’avait frôlée. » Source : Guylaine Massoutre.

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Crédit: Michael Slobodian

Les artistes

Anne Plamondon est au début de la quarantaine. Ses expériences professionnelles l’ont amenée, entre autres, du ballet à la danse contemporaine et urbaine, du métier d’interprète à la direction artistique. La feuille de route impressionne dans la diversité de son contenu, le niveau et la qualité de ses collaborations (Grands Ballets Canadiens de Montréal, Nederlands Dans Theater, Jiri Kylian, Angelin Preljocaj, Ohad Naharin,  Crystal Pite et sa compagnie Kidd PivotVictor Quijada et le Groupe RUBBERBANDance,  …)

Ses nouveaux défis artistiques sont au niveau de la création chorégraphique. Son premier spectacle solo Les mêmes yeux que toi traitait, de manière très intime, de la maladie mentale de son père. Son deuxième solo la confronte cette fois à la solitude de la création pour soi. Une aventure menée de front sous le regard attentif de la comédienne et metteure en scène Marie Brassard.

«Ce second solo m’est apparu comme une nécessité, de me donner de nouveau un espace pour me retrouver, pour aller un peu plus loin en moi-même et dans une démarche artistique… et je ne voulais pas non plus d’un regard de chorégraphe, mais de celui de quelqu’un d’extérieur qui puisse apporter à mon travail une forme de dramaturgie». Source : Denis-Daniel Boullé.

Les collaboratrices se sont penchées sur les idées de construction et de déconstruction, sur les idées de résistance aux changements, sur les différences entre la persistance et l’acharnement lorsque appliquées à une démarche de création. Associé symboliquement à cette démarche, le lourd échafaudage qui envahit l’espace, et que Plamondon considère comme son partenaire de danse, permet la mise en mouvement et l’actualisation en gestes du processus.

Marie Brassard, auteure, metteure en scène et actrice se retrouve ici à la dramaturgie du spectacle. Après avoir collaboré avec Robert Lepage pendant plus de 15 ans, elle créait un premier spectacle solo, Jimmy, créature de rêve, en 2001 suivi, entre autres, de Peepshow (2005), Moi qui me parle à moi-même dans le futur (2010)  et La Fureur de ce que je pense (2013), qui ont été présentés dans une vingtaine de pays en Amérique, en Europe et en Australie. En 2016, elle était décorée de l’Ordre des Arts et des Lettres du Québec.

Elle a également collaboré dans des œuvres chorégraphiques d’Isabelle VanGrimde, Annik Hamel, Jane Mappin   et  Karine Denault. Elle collabore aussi, à titre d’auteure et de dramaturge, au développement de deux projets de la chorégraphe Dana Gingras, compagnie Animals of Distinction.

Les collaborateurs : La scénographie du spectacle est d’Antonin Sorel, les lumières de Yan Lee Chan et les musiques de Frédéric Auger et Last Ex. Les costumes sont de Marilène Bastien.

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Crédit: Michael Slobodian

 

« Avec MÉCANIQUES NOCTURNES, Anne Plamondon souhaite remonter jusqu’aux origines, presqu’avant le verbe, avant le cri, au tout début, qui est toujours mouvement. Et puis, de retrouver la puissance de la femme de créer, de cerner quelque peu le mystère de toute création. «Je veux être à l’écoute de ces changements en moi, et travailler avec cette matière, mon corps, que je redécouvre, ou perçois différemment». Source : Denis-Daniel Boullé.

 

Les liens externes

Une danse théâtrale : Dans ma chronique (ici) du spectacle précédent d’Anne Plamondon Les mêmes yeux que toi, je propose une courte distinction de ces différents types de production : Danse théâtrale, danse-théâtre, théâtre dansé et théâtre gestuel pour traiter ensuite de démarche introspective menant à la création, citant les Kyle Abraham, Laurence Lemieux, Akram Khan, Roger Sinha, Martha Graham et compagnie.

 

Danses d’inspirations nocturnes : Dans ma chronique (ici) sur Danses de nuit de Karine Ledoyen, je donne aussi quelques liens vers d’autres spectacles inspirés de la nuit, dont ceux d’Hervé Koubi et de Danièle Desnoyers.

 

MÉCANIQUES NOCTURNES (60 minutes) Salle Multi de Méduse. Les 6, 7 et 8 décembre à 20h.

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