S’envoler: équilibre migratoire

Publié le 1 novembre 2011 par La Rotonde

Article de Josianne Desloges paru dans cyberpresse.ca le 1er novembre 2011

S'envoler - Estelle Clareton - Photo Alain Roberge La Presse

(Québec) À l’origine de S’envoler, il y a le vertige des constantes migrations, l’idée d’une masse tissée serré et l’impulsion d’une série baptisée Furies. Et il y a la chorégraphe Estelle Clareton, qui a trouvé son équilibre dans le mouvement. La 16e saison de la Rotonde s’ouvre avec une création nerveuse et volatile, mais néanmoins achevée, qui sillonne le Québec depuis un an et revient du Mexique.

 

«Pour une Française au Québec ou une fille qui a un accent québécois en France, il y a une ambivalence par rapport à l’identité géographique, culturelle», explique Estelle Clareton, formée au Conservatoire national de danse d’Avignon et ancienne interprète au sein des compagnies Danse Partout et O Vertigo.

S’inspirant des rituels amoureux, des transformations et de la fébrilité des oiseaux migrateurs, elle a créé «une danse pas finie, on dirait, qui est toujours en train d’hésiter sur ce qu’elle est en train de faire, et ce qu’elle devrait faire après», décrit-elle.

Tribu compacte

La sensation d’instabilité et de glissement s’est ancrée dans les corps de la douzaine de danseurs (à Québec, ils seront 11), assemblés en tribu compacte. Pour certaines sections, la chorégraphe a placé des mouvements puis restreint l’espace chorégraphique – «alors, on voit apparaître l’incapacité de faire, ou la difficulté de faire, et ça m’a beaucoup intéressée», commente-t-elle -, et pour d’autres, elle a modelé la masse des danseurs, ses éclatements et ses retours.

Dans ses œuvres précédentes, Clareton a beaucoup travaillé avec les idées et la théâtralité, mais elle s’est mise à jongler plus intuitivement avec les constructions rythmiques dans l’espace pour S’envoler. «Souvent, je me suis sentie tiraillée entre le sens et la danse, entre la théâtralité et le mouvement, et là, je trouve que je suis allée dans le corps. La propulsion est physique, dansée», explique l’artiste, qui s’est donné en 2005 le défi de réaliser 24 œuvres (S’envoler est la cinquième) rassemblées sous l’appellation Furies.

D’Alpha jusqu’à Oméga, les Furies prennent les formes les plus diverse : chorégraphies, courts-métrages, pièces de théâtre. Les premières furies étaient noires, sombres, inspirées des mythes grecs. S’envoler arrive comme une éclaircie, alors que les 10 prochaines seront données à d’autres créateurs, mais toujours chapeautées par la compagnie d’Estelle Clareton. Elle-même travaille comme chorégraphe au théâtre et comme conseillère artistique à l’École nationale de cirque. On a aussi pu la voir au petit écran dans Les hauts et les bas de Sophie Paquin.

Énergies

Le mariage des différentes écoles se verra dans S’envoler, puisqu’un acrobate, Louis Maltais, et une comédienne, Noémie Godin-Vigneau, font partie de la troupe, complétée par Dominic Caron, Sylvain Lafortune, Julie Marcil, Frédéric Marier, Brice Noeser (de Québec), Alexandre Parenteau, Esther Rousseau-Morin, Jamie Wright et la chorégraphe. Les énergies se contaminent, pour le plus grand bonheur de la conceptrice.

Qu’on se rassure, le périple migratoire se termine bien. «On passe par différentes émotions, peur, joie, mais on arrive avec une certaine sérénité à la fin, il y a quelque chose qui se calme, qui s’apaise», raconte Estelle Clareton.

«Je n’arrivais pas à conclure la pièce, jusqu’à ce que je me dise qu’il faut simplement apprendre à être plus mobile, moins sédentaire, et à accepter que j’appartiens à deux lieux, deux cultures. Il faut que j’accepte d’être toujours dans le mouvement, et comme danseuse et chorégraphe, c’est assez intéressant comme idée.»

Vous voulez y aller?

Quoi: S’envoler

Qui: Création Caféine et Montréal Danse

Quand: du 3 au 5 novembre à 20h

Où: salle Multi de Méduse

Billets: 20 $ à 34 $

Téléphone: 418 643-8131

Source : Le Soleil, Josianne Desloges

S'envoler - Estelle Clareton - photo Ben Philippi

Voir la page du spectacle S’envoler

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