S et Villanelle de José Navas: poésie spatiale

Publié le 13 décembre 2011 par La Rotonde

Article de Josianne Desloges, paru dans Le Soleil le 13 décembre 2011

S - Flak - José Navas - photo Micheal Slobodian(Québec) L’année se termine sur une note singulière en danse contemporaine, avec la venue attendue de José Navas et de la compagnie Flak. Le chorégraphe et interprète présente Villanelle et S, deux poèmes dansés. D’abord très structurées, puis glissant vers la prose libre, les pièces nées dans le silence et l’épure seront parées de la musique de Vivaldi et d’Érik Satie.

Créées presque au même moment, S, la première pièce pour grand groupe de José Navas, et Villanelle, un solo qu’il chorégraphie et interprète, se sont agencées naturellement. «Il y a une qualité de mouvement dans Villanelle que l’on retrouve dans S, surtout dans le dernier tableau», commente le chorégraphe d’une voix douce, marquée par un léger accent vénézuélien.

Dans ses locaux de la rue Sainte-Catherine, à Montréal, il revoit ces jours-ci le programme pour Québec, mais aussi ses dernières créations, Diptych, pour l’Europe et Personae, un solo qu’il interprétera en janvier à la Cinquième Salle de la Place des Arts.

Le style Navas est composé de «bases larges, triangulaires, de bras et de jambes qui tranchent l’espace», écrit-on dans Le Devoir, et se réclame de l’Américain Merce Cunningham (son mentor, décédé en 2009), avec «des tendus, pliés en seconde, bras sémaphores, torses inclinés, changements de direction constants et rapides et quelques vifs tours qui brisent momentanément le foisonnement de lignes droites», décrit La Presse.

Le silence de Satie

Navas, lui, parle plutôt de logique du corps et de travail en silence. «Depuis la création de Portable Dances [en 2005], je suis fasciné par le mouvement et la méditation. Comment on danse dans un état qui soit présent, pur», explique-t-il, ajoutant que techniquement, il cherche à se concentrer sur le squelette, en provoquant le moins d’efforts musculaires possibles. Ensuite, vient la communion presque spirituelle avec le public.

S, ce fût d’abord pour Satie, puis pour silence, puis pour la forme fluide et gracieuse de la lettre elle-même. «Ce qui m’a frappé dans la musique de Satie, ce sont les silences, l’espace entre les notes. Il y a ça aussi dans mon travail; ce sont les transitions entre les mouvements qui créent la danse», souligne Navas, qui a d’abord chorégraphié en silence, «là où on voit tout, où il n’y a rien pour camoufler les défauts. Il y a une logique dans la pièce totalement indépendante de la musique.»

Solo

Villanelle suit plutôt la structure de la forme poétique du même nom, prisée au XVIe siècle, où s’agencent les répétitions et les variations. Sans coller parfaitement à la musique de Vivaldi, la danse s’y accroche à certains moments précis. «Il y a des coïncidences», indique Navas, un sourire dans la voix.

À 46 ans, il danse toujours, mais uniquement seul en scène. «J’ai fait un retour au solo en 2000, parce que mon corps détonnait avec celui des danseurs de 20 ans, capables techniquement de faire des choses dont je suis incapable», explique-t-il, conscient aussi des bons côtés qu’il y a à prendre de l’âge : «Je danse mieux. J’ai plus de plaisir sur scène. Lorsqu’on est jeune, c’est facile de devenir nerveux, de s’inquiéter de ce que les gens pensent de toi. Ensuite, on découvre pourquoi on danse. Moi, je danse pour communiquer, pas pour séduire.»

Note : Outre Lauren Semesckuk, tous les membres de l’équipe de création de S ont été remplacés graduellement. Billy Bell, Lindsey Renee Derry, Sarah Fregeau, Alexandre Jolicoeur, Waldean Nelson, François Richard et Emilie Tremblay complètent la troupe. Et contrairement aux présentations européennes et montréalaises, la musique ne sera malheureusement pas jouée en direct sur scène.

Source : Le Soleil, Josianne Desloges

S - Flak - José Navas - photo Michael Slobodian

 

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