Villanelle et S: le problème de la perfection

Publié le 14 décembre 2011 par La Rotonde

Article de Josianne Desloges, publié dans LeSoleil le 13 décembre 2011

José Navas - Valérie Simmons

Le solo de José Navas permet d'apprécier la forte présencedu chorégraphe, sa maîtrise, la tension et la fluidité deses mouvements. Avec lui, la danse se fait art martial, méditation végétale, discours économe et précis.

(Québec) Devant le travail de José Navas, le coeur s’apaise et l’oeil se plaît à suivre les mouvements suspendus à intervalles réguliers pour que les corps forment des sculptures humaines, des tableaux abstraits et éthérés. Esthétiquement, la chorégraphie et l’exécution sont impeccables. Toutefois, étrangement, ça ne suffit pas.

 

Le spectacle débute avec Villanelle, dansé et chorégraphié par José Navas lui-même, sur – ou plutôt avec – la musique de Vivaldi, puisque les mouvements de Navas semblent dotés d’une indépendance qui fait qu’ils dialoguent avec la musique plus qu’ils ne la suivent. Bref, très ancré dans le sol et perclus de larges mouvements de bras, le solo permet d’apprécier la forte présence du chorégraphe, sa maîtrise, la tension et la fluidité de ses mouvements. Avec lui, la danse se fait art martial, méditation végétale, discours économe et précis.

 

Sages variations

S, une pièce d’une heure pour quatre danseurs et quatre danseuses, tient à la fois du ballet classique et de la danse moderne. Les notes de Gnossiennes et Gymnopédies d’Erik Satie alternent avec de profonds silences, où l’on entend seulement la respiration et le crissement des pas des interprètes. Mais quel dommage que les pièces ne soient pas interprétées en direct par une pianiste, comme c’était le cas lors des présentations montréalaises. Soumis au chant du piano noir, les corps des danseurs (vêtus d’ensembles blancs et diaphanes qu’ils enlèvent progressivement) auraient ressemblé aux fantômes des notes silencieuses. Seuls en scène, ils semblent un peu perdus.

Chaque arrêt des danseurs semble marquer la fin d’une phrase, qui demeure énigmatique. Quel­ques torsions et contractions agissent comme contre point aux mouvements gracieux, puis les corps, complètement dévêtus à l’exception d’un sous-vêtement couleur chair, deviennent difformes et s’empêtrent dans la lenteur d’une scène finale d’abord séduisante, puis nettement trop longue.

On sort de S bercé par le mouvement, mais incapable de donner un sens à l’enfilade de sages variations; charmé par le délicat spectacle de tous les muscles et les nerfs des corps, mais nullement secoué ou illuminé. Le problème avec la perfection, c’est qu’elle devient vite prévisible.

Ce soir et demain à la salle Octave-Crémazie. Il s’agit d’une coprésentation du Grand Théâtre de Québec et de La Rotonde.

Source : Le Soleil, Josianne Desloges

S - Flak - José Navas - photo Michael Slobodian

 

Voir la page du spectacle S et Villanelle

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