Children et A Few Minutes of Lock: textures toniques

Publié le 26 janvier 2012 par Marie-Hélène Julien

Article de Josianne Desloges paru dans Le Soleil le 26 janvier 2012

(Québec) Voir Louise Lecavalier danser vous revigore, vous mord le coeur, vous subjugue. Une minuscule furie tout en nerfs et en muscles, et pourtant capable d’abandon, de détresse, de fissions. Alors que Children, chorégraphié par Nigel Charnok, est un parcours amoureux tout en jeux et en contrepoints, A few Minutes of Lock est un tonique enivrant. J’y serais restée, je crois, une éternité ou deux.

J’aurais bien remonté le temps pour la voir danser du Édouard Lock de bout en bout pendant une heure et quelques, mais j’ai l’étrange conviction que la danse de Lecavalier a aujourd’hui quelque chose de plus senti, de plus ample et de plus profond que pendant ses heures de gloire à la La la la Human Steps.

Children, malgré quelques séquences de mouvements plus erratiques sur le début, nous fait voyager dans des états humains saisissants et rares, difficiles à traduire en mots, mais inscrits dans la mémoire du corps. Comme l’épuisement chronique qui découle de centaines de nuits fragmentées par les pleurs d’un nourrisson, comme les étreintes désespérées, molles et éperdues des amours qui s’étirent ou les joutes espiègles, brutes et libératrices des enfants et des vieux amis. C’est la vie, sans clichés et sans détours, que dansent Lecavalier et Patrick Lamothe dans Children.

La bande sonore est remarquable. Plutôt que d’opter pour les habituelles musiques abstraites, électroniques ou classiques de la danse contemporaine, le chorégraphe a choisi des pièces fortement connotées de Leonard Cohen, de Miles Davis, de Billie Holiday, de Richard Desjardins… Comment ne pas frissonner lorsque Lecavalier danse portée par la voix de Janis Joplin? Ou ne pas sourire lorsque le pas de deux prend subtilement des airs de numéro de cabaret ou de ballet rock?

La finale est habile, exquise. Après avoir parodié gentiment ce qui ressemble à une scène d’opéra, un ultime enlacement et la mort en friche provoquent un effet saisissant.

A Few Minutes of Lock permet ensuite de regoûter aux vrilles horizontales, aux portés et au langage chorégraphique extrêmement précis de Lock, exécuté de manière impeccable par celle qui fut longtemps sa danseuse fétiche. Le flirt est légitime, tout sauf nostalgique. On regarde à peine Keir Knight, son partenaire pourtant très doué, tant la danseuse irradie. La fin arrive trop vite, même si elle nous laisse comblés.

Le spectacle est présenté de nouveau ce soir, demain et samedi à la salle Multi de Méduse.

Source : Le Soleil, Josianne Desloges

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