Louise Lecavalier : «Tout est possible encore»

Publié le 23 janvier 2012 par Marie-Hélène Julien

Article de Josianne Desloges paru dans Le Soleil le samedi 21 janvier 2012

(Québec) Intimidée, déjà, je m’attends à tomber sur une adjointe administrative qui m’annoncera que Mme Lecavalier n’a que 20 minutes top chrono pour l’entrevue. Nada. C’est la furie blonde elle-même qui répond, du soleil dans la voix, et qui accepte en toute simplicité, candide et inspirée, de parler de danse, de vie, de mouvements.

À l’entendre et à la voir danser, on doute facilement de son âge. La cinquantaine, vraiment? Il faut repasser les photos de son duo avec David Bowie en 1989 pour se convaincre que le calcul est bon. «Une des raisons qui fait que je danse encore est que j’a­do­re me retrouver comme une débutante, recommencer, refaire les choses. C’est un peu ma nature, je n’ai pas l’impression d’avoir rien figé encore, ni de penser avoir tellement compris quel­que chose. Tout est possible encore», explique simplement Louise Lecavalier, pour qui la danse fait partie d’un vaste effort de survie. «Je n’ai pas envie de prétendre que sous prétexte de la maturité, je vais bouger plus lentement, relâcher. Le corps, pour moi, doit continuer à se battre.»

Dans Children et A Few Minutes of Lock, les deux pièces qu’elle présente à Québec la semaine prochaine, la guerrière blonde enchaînera les duos. Celui, «théâtral et linéaire», de Nigel Charnock, puis ceux plus abstraits, mais toujours aussi ancrés en elle d’Édouard Lock, dont elle fut la muse et l’égérie pendant 18 ans à La La La Human Steps.

Jusqu’à ce que le chorégraphe se tourne vers le ballet classique, et que la machine devienne trop grosse et trop bien huilée. «Il me semblait que j’avais perdu quel­que chose auquel je tenais beaucoup, qui était à l’origine de la compagnie. Je me sentais devenue la danseuse qu’on sort d’une boîte, qu’on met dans un avion et qu’on ressort ailleurs. J’avais envie de revenir à une création qui n’imposait pas cette pression-là. Ce n’était pas pour faire quelque chose de plus facile – en fait, la difficulté et l’exigence, je les ai toujours gardées au même niveau», explique Lecavalier.

Et ce ballet sur pointe, elle ne pouvait pas le danser comme les autres, à cause d’un accident malheureux survenu alors qu’elle s’abandonnait entre des mains expertes. «Il y a eu un mauvais mouvement qui a, peut-être, réveillé un problème latent dans ma hanche», indique-t-elle. L’histoire date, la danseuse s’est fait une raison. «Déjà, de danser, ce n’est pas si facile, enfin pour moi, ça n’a jamais été facile… se souvient-elle. Mais ça m’a obligée à trouver d’autres chemins. Je suis arrivée à une certaine fluidité, à une ondulation dans une danse percussive. En fait, c’est quelque chose que j’avais toujours cherché, et la blessure m’a forcée à y aller complètement.»

L’enfant en soi

Quelque temps après avoir quitté La La La, elle tombe enceinte du saxophoniste de jazz Yannick Rieu et met au monde des jumelles aux cheveux noirs, «mes opposées», glisse Lecavalier. À l’exception qu’elles dansent, elles aussi, du ballet, pour l’instant. «J’ai un oeil qui regarde le mouvement, j’apprécie toujours la manière de bouger des enfants, même des enfants des autres, le mouvement pur. Ensuite, quand les influences et les techniques rentrent, c’est quand même assez drôle à voir. Sûrement qu’elles ont quelque chose de plus que la moyenne, mais ça ne vient peut-être même pas de moi, peut-être que ça vient de leur père, elles ont un sens de danse, en tout cas.»

Children, qu’elle danse avec Patrick Lamothe, raconte en mouvements les enfants qu’on fait, qui nous lient et parfois nous attachent, et de l’enfant qu’on porte toujours en soi. «On veut que quelqu’un entre dans nos vies pour que, peut-être, tout aille mieux, que quelqu’un tienne à nous pour toujours et nous ramène à la maison, mais finalement, on est tous des enfants libres», résume Lecavalier.

Libre… le mot est indissociable de sa démarche, intuitive, ouverte. «C’est la beauté d’être interprète, souligne-t-elle. Les gens valorisent beaucoup le travail du chorégraphe, comme s’il était un plus grand créateur…» Alors que pour elle, le chorégraphe est un partenaire de jeu, un artiste à séduire et à surprendre. «J’essaie de ne pas reprendre les mêmes chemins. Je crois que c’est pour ça que ça a très bien fonctionné avec Édouard pendant 18 ans. Comme chorégraphe, il essaie de retrouver dans sa danseuse quel­que chose qu’il a aimé, mais il a aussi envie d’être surpris. Cha­que interprète qui arrivait était un nouvel outil; moi, j’étais en quelque sorte un outil qu’il con­naissait. C’était toujours la signature d’Édouard et ma façon de bouger, mais jamais prises pour acquis.»

En quittant La La La en 1999, puis créant Fou Glorieux, en 2006, une compagnie qui se laisse guider de projet en projet et qu’elle veut garder petite et simple, elle croyait bien retravailler avec Lock. C’était sans compter les projets grandioses du chorégraphe. Qu’à cela ne tienne, elle reprend des duos de 2 et d’Exaucé/Salt sur la musique d’Iggy Pop, avec le danseur Keir Knight. «Je n’étais sûre de rien, sauf que j’aimais le matériel, les mouvements. Je ne savais pas si j’étais encore capable de les faire, si j’avais encore envie de les faire. Finalement, c’était le moment», commente-t-elle. En parallèle de la tournée amorcée en 2009, elle prépare une nouvelle pièce en collaboration avec le chorégraphe Benoît Lachambre. Pas question d’arrêter.

Vous voulez y aller?

QUOI : Children et A Few Minutes of Lock

QUI : Louise Lecavalier

QUAND : 25 au 28 janvier 20h

OÙ : salle Multi de Méduse

BILLETS : 418 643-8131

Source : Le Soleil, Josianne Desloges

 

 

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