el12 fondu dans le flamenco

Publié le 16 février 2012 par Marie-Hélène Julien

Article de Richard Boisvert paru dans le journal Le Soleil le 16 février 2012

Dans el12, le rituel du flamenco passe aussi facilement de la prière à la fête que du mineur au majeur. Myriam Allard transforme la danse en véritable concerto pour pointes et talons. Le Soleil, Erick Labbé

 

(Québec) C’était la première fois en 15 ans d’existence que La Rotonde donnait rendez-vous à ses abonnés au Théâtre de la Bordée, hier soir. Devant cette salle bondée et après la prestation bouleversante offerte par troupe de flamenco contemporain montréalaise La Otra Orilla, on peut parier que ce ne sera pas la dernière.

 

Assis à La Bordée, on a déjà presque l’impression de toucher la scène, si bien qu’on peut sentir intensément la présence des interprètes. Mais hier, c’était encore plus frappant. La mécanique unique imaginée par la danseuse Myriam Allard et le chanteur Hedi Graja est venue happer tout le monde, instantanément. Nous n’avons touché terre que 70 minutes plus tard, transportés et transformés.

L’oeuvre intitulée el12 fait directement référence au rythme à 12 temps du flamenco (1-2-3, 1-2-3, 1-2, 1-2, 1-2, comme on a pu constater). Si le vocabulaire emprunte à la tradition, le propos la dépasse rapidement pour se transformer en un délire poético-lyrique fascinant sur le temps et sa relativité, sur les cycles de la vie, sur la vibration et que sais-je encore, le tout décliné dans une gamme de nuances riches et de couleurs constamment changeantes.

Le dispositif est aussi simple qu’il est génial. Au fond, projetés sur un écran, on voit apparaître des fragments vidéo qui s’intègrent habilement à la chorégraphie tout en traçant, en parallèle, un discours tout à fait indépendant. Ça commence avec le gros plan d’un mécanisme d’horlogerie. Myriam Allard, assise sur un tabouret, s’en inspire pour développer une forme de thème et variations dans laquelle ses bras ont la précision des aiguilles d’une montre. Les musiciens appuient discrètement son ballet mécanique, cachés pour l’instant derrière un rideau sur lequel sont projetées leurs ombres.

Finesse du jeu

Quittant sa chaise, la danseuse se lance ensuite dans un développement à la limite du mime qui fait appel à toutes les parties du corps, plus spécialement aux pieds. La finesse du jeu de la pointe et du talon mérite d’être soulignée. De fait, ce n’est plus de la danse, ça devient un concerto!

Pendant ce temps, la voix chargée d’émotion du chanteur Hedi Graja vient ajouter à la scène sa dimension sacrée. Car l’univers créé par Allard, Graja et leurs partenaires instrumentistes Caroline Planté, guitariste et compositrice de la musique, Bob Benson, guitariste et bassiste, et Éric Breton, percussionniste aux mille talents, est aussi à la fois un rituel et une célébration.

El12, une production de La Otra Orilla. Chorégraphie et danse : Myriam Allard. Mise en scène et chant : Hedi Graja. Musique et guitare : Caroline Planté. Basse : Robert Benson. Percussions : Éric Breton. Costumes : Susana Vera. Vidéo : Geneviève Allard. Éclairages : Laurent Routhier/Blanc. Son : Philippe Hébert. Hier soir au Théâtre de la Bordée.

Source : Le Soleil, Richard Boisvert

 

 

Voir la page du spectacle el12

Publié dans | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire