Le Soleil – Là-bas, le lointain: le terreau de la danse

Publié le 21 octobre 2013 par Fabien Piché

Article de Richard Boisvert paru dans Le Soleil, le 18 octobre 2013

Brice Noeser et Arielle Warnke Saint-Pierre - Là-bas, le lointain - Alan Lake Factori[e]

«À gauche, une brune, à quatre pattes dans le compost. À droite, une blonde, debout sur l’arête d’un grand bac à sable posé à la verticale. Là-bas, le lointain, l’oeuvre d’Alan Lake qui ouvrait la saison de La Rotonde, jeudi soir, faisait à bien des égards davantage penser à une installation qu’à une chorégraphie.

 

Alan Lake ne fait pas dans la dentelle. Son attitude vis-à-vis de la danse rappelle celle du sculpteur devant un bloc de marbre, ou celle du céramiste devant sa motte de terre glaise. Les corps des interprètes sont en quelque sorte sa matière première. Et c’est directement de ce limon qu’il tire le mouvement, du plus fluide au plus solide.

On sent la chair, les cheveux, les muscles, les os, la sueur. La viande, aussi. La scène est comme un plasma primordial, comme un magma originel d’où jaillissent des bras, des jambes et des têtes.

Quant au propos, on dirait des flashs qui naissent et qui meurent au milieu d’une grande coulée d’ombre. On nage dans la plus pure abstraction. On comprend qu’on cherche à mettre en valeur le mouvement pour lui-même, pour sa seule beauté. À cet égard, l’interprétation livrée par Dominic Caron, David Rancourt, Esther Rousseau-Morin et Arielle Warnke St-Pierre donne lieu à des moments d’une grande poésie.

Longueur

Là-bas dure seulement un peu plus de 50 minutes, mais la représentation donne l’impression de s’éterniser. Tout au long de l’oeuvre, pas un seul instant de silence, mais une incessante trame sonore constituée en général d’une note grave et d’harmoniques. Par ailleurs, on saisit mal une réelle direction à travers cette succession d’instants éphémères, d’états transitoires et instables. On passe effectivement les 20 dernières minutes à se demander si la fin arrive.

À noter que Là-bas, le lointain est une oeuvre hybride. La chorégraphie est précédée d’un film de 25 minutes et dont le langage visuel, par sa richesse et sa recherche, dépasse en importance le sujet lui-même.

Là-bas, le lointain. Oeuvre scénique et film de Alan Lake.

Interprétation sur scène : Dominic Caron, David Rancourt, Esther Rousseau-Morin et Arielle Warnke St-Pierre.
Musique : Simon Elmaleh
Lumières : Jean-François Labbé.
Aide à la direction artistique et costumes : Dominic Thibault.
Jeudi à la salle Multi de Méduse. En reprise vendredi et samedi à 20h.»

Source: Le Soleil, Richard Boisvert

Là-bas, le lointain est présenté en supplémentaires par La Rotonde les 17, 18 et 19 octobre à 20h, à la Salle Multi du complexe Méduse.

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