L’enfance à travers le lit

Publié le 5 février 2014 par Marie-Hélène Julien

Article de Margot Cascarre, paru sur DFdanse, le lundi 3 février 2014

Hélène Langevin nous plonge avec justesse et humour dans l’univers de l’enfance en utilisant le lit comme objet symbolique et transitionnel. Quatre lits qui nous permettent d’explorer quatre moments de l’enfance.

Ô lit!, photo article Dfdanse

Pour certains, un lit n’est qu’un meuble utilisé pour se reposer ou dormir. D’autres, comme la chorégraphe Hélène Langevin, le voit plutôt comme un lieu de rêverie, un terrain de jeux et de découvertes. Dans Ô lit!, les interprètes Guillaume Chouinard, Emily Honneger, Myriam Tremblay, Julie Tymchuck et Nathan Yaffe explorent quatre moments de l’enfance à travers le lit, symbole du passage d’un stade de l’enfance à un autre. Avec Hélène Langevin, le lit n’est plus qu’un simple meuble mais devient le territoire de tous les possibles.

Le lit du bébé : est un cocon dans lequel le nourrisson continue de grandir et de se développer, un lieu intime et douillet. Petit à petit, l’enfant glisse du lit pour acquérir les premiers gestes d’autonomie : pousser avec les mains, attraper ses pieds, se retourner sur le dos et le ventre, ramper, marcher à quatre pattes… Jusqu’à se tenir tout-à-fait debout et commencer à marcher. Le tout au rythme de gazouillis, rots et autres bruits émis par les jeunes enfants. Mimer la gestuelle du bébé semble simple au premier abord. Mais les danseurs ont dû, pour y arriver, désapprendre le mouvement de l’adulte et enlever toute coordination. Le résultat est criant de vérité.

Le lit du petit enfant : apparaît au début comme un défouloir. Une petite fille, punie par son père, se venge sur son lit. Elle y saute, donne des coups, grogne après son père… Puis elle se venge contre son énorme ours en peluche auquel elle déchire les oreilles, les bras et les jambes. La colère de la petite fille est amplifiée par la présence de trois autres danseurs qui miment sa gestuelle agressive. Mais petit à petit, la tempête se calme. Son père réussit à l’apaiser en lui racontant l’histoire de la sorcière qui pue. Guillaume Chouinard se transforme alors en formidable conteur. À l’aide de théâtre d’ombres, de jeux de lumières, d’effets sonores et d’un drap blanc, le conteur nous fait traverser l’Atlantique sur un bateau de pirates. Arrivée en Afrique, la petite fille doit alors arracher un poil de l’oreille gauche d’une girafe afin de conjurer le sort lancé par la sorcière.

Le lit de l’enfant : nous plonge dans un univers complètement différent, entre bandes dessinées et jeux vidéos. Le lit de l’enfant est devenu un champ de bataille et un territoire qu’il faut défendre. Dans un monde surréaliste, les danseurs sont devenus de véritables robots-ninjas et doivent combattre les méchants, affronter le danger et nous font des démonstrations frôlant les arts martiaux.

Le lit de l’adolescent : n’est plus vraiment ce que l’on peut appeler un lit. Il ne sert plus à dormir mais à s’amuser et faire la fête. Entièrement démembré, il se transforme en instrument de musique. Les danseurs tapent dessus avec des bâtons de bois au rythme de la musique. Il devient aussi terrain d’acrobaties : les barres du lit sont transformées en échelle, les matelas sont au sol pour amortir les réceptions des danseurs devenus des acrobates. Le lit représente alors le bruit, le désordre et la rébellion propres à l’adolescence.

Avec Ô lit!, Hélène Langevin réussit son pari de nous faire vivre quatre étapes de l’enfance à travers le microcosme du lit. Placé au centre de cette création, le lit n’est plus un simple meuble. Il devient tour à tour berceau douillet, lieu de rêverie ou encore lieu de jeux et de découvertes. En plus de la justesse dans le travail de la gestuelle, Hélène Langevin et ses cinq interprètes offrent une création remplie de souvenirs, de rêves et d’humour. Le seul point qui pourrait être négatif serait la durée du spectacle, un peu long pour un public de quatre ans et plus, qui a également moins réagi à la dernière étape de l’enfance. L’adolescence semble plus facilement compréhensible par un public plus âgé. Ô lit! nous donne une toute autre image du meuble sur lequel on dort chaque nuit. Après avoir vu cette création, on a hâte de retrouver son lit !

Source: Dfdanse, Margot Cascarre

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