L’organique | Critique d’Olivier Arteau-Gauthier à propos de Trois Paysages

Publié le 24 mars 2014 par Sandrine Lambert

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Olivier Arteau-Gauthier, en fidèle spectateur, a repris sa plume et nous livre généreusement sa critique du spectacle Trois Paysages.

L’air comme vent.
L’air comme courant.
L’air comme vital.
L’air comme partage.
L’air comme danse?

On parle aux danseurs du sol comme élément essentiel de propulsion, d’ancrage et d’appui. On utilise aussi très souvent le mot gravité pour exprimer notre rapport au poids du corps, qui s’y abandonne ou pas. Mais l’air peut aussi se prêter au jeu du mouvement : résistance, élan et fluidité sont des qualités qu’a pu utiliser Karine Ledoyen dans la création de sa chorégraphie qui utilise l’air comme matière première de la danse.

L’une des plus grandes forces de Trois paysage réside dans l’incroyable précision des interprètes. Les quatre interprètes s’allègent et s’influencent dans une danse qui ne manque pas de partage. Ils réussissent, malgré leurs différentes physionomies, à s’accorder à une gestuelle presque identique, limpide et énergique. L’omniprésence du silence, même dans les atterrissages, fascine. On en vient pratiquement à oublier la musique au détriment de ces danseurs qui s’élèvent au lieu de se choir. Ils magnifient leur présence dans cet air qui n’en finit pas d’exister. Les duos créés par Ledoyen sont très organiques : chaque mouvement est le prédécesseur d’un autre. Il ne pourrait exister d’impulsions sans l’avoir obtenu de son allié. Ainsi, les corps s’emboîtent et s’allègent pour rendre compte de l’importance de l’autre. Fabien Piché mérite tout mon respect, tant pour sa générosité que pour l’attention unique qu’il porte à chacune de ses partenaires.

La scénographie de Patrick St-Denis et de Karine Ledoyen porte bien les interprètes tout au long de l’oeuvre. Ce mur, qui cherche parfois l’intimité, quelque fois le chaos, mais très souvent l’ouverture vers quelque chose d’immense, vient créer un paradoxe intéressant entre la gestuelle et l’espace souvent rompu. Le simple fait que le mur soit constamment en mouvement rappelle que l’air est indispensable à toute chose qui veut vivre.

La finale ludique vient clore avec légèreté ce spectacle qui se dérobe en un seul souffle. Une filiale de petits bonhommes blancs, têtes gonflées d’hélium, s’avance vers le spectateur. Pratiquement vivant, cette micro-société danse sous l’effet des ventilateurs. Ils se placent devant nous, comme un portrait de nous-mêmes, et s’agitent dans une simplicité enfantine. On s’en pose la question ; qu’est-ce qu’être vivant que de s’animer au gré du vent, de respirer le nécessaire et de partager cet oxygène qui nous est essentielle à tous?

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