Chroniques du regard 2014-2015, no 3 – Arielle et Sonia, Femmes-bustes par RootlessRoot + Les femmes de la Lune Rouge par Annie Gagnon

Publié le 20 novembre 2014 par Mario Veillette
Photo : Emmanuel Burriel

Photo : Emmanuel Burriel

Le spectacle : deux interprètes d’expérience en danse contemporaine présentent un spectacle d’environ une heure vingt composé de deux duos créés expressément pour elles par des chorégraphes invités. Après 10 ans de terreau artistique au Musée de la Civilisation, elles souhaitaient développer un autre aspect de leurs activités chorégraphiques. C’est dans une recherche de mouvements authentiques et à travers un entraînement de « Fighting Monkey », qu’elles ont voulu explorer des zones très personnelles tout en restant connectées sur de profondes envies de se faire plaisir. Dans le travail de création/répétition, intenses et instinctives, elles y ont exploré les conflits, testé leurs limites et se sont préparées à recevoir des coups. En spectacle, elles dévoilent leur animalité et leur sensualité avec force et puissance brutes. Rien n’est joué. Tout est dans le ressenti!

C’est pour vous si vous aimez les danses intenses et bien ficelées, les scénographies épurées et un musicien « live » sur scène.

C’est pour vous si vous voulez profiter de la présence scénique de deux interprètes expérimentées, cherchant de nouvelles voies à leurs besoins d’expression, et découvrir deux univers chorégraphiques différents mais complémentaires.

La compagnie Arielle et Sonia :

Arielle Warnke St-Pierre et Sonia Montminy sont interprètes en danse contemporaine. Devenues professionnelles expérimentées et présentes sur les planchers de danse, de théâtre et de cirque de façon assidue depuis une quinzaine d’années, elles ont récemment changé le statut de leur collaboration (auparavant un collectif) pour fonder la plus jeune compagnie de danse contemporaine à naître dans la ville : la compagnie Arielle et Sonia. Toutes deux graduées en danse-interprétation à L’École de danse de Québec, elles sont très actives dans la communauté de danse de la ville de Québec.

Le répertoire de leur nouvelle compagnie sera composé de commandes chorégraphiques faites à différents artistes de la danse et leur premier spectacle (en tant que compagnie) fait une suite logique aux nombreuses collaborations entre les deux danseuses et le Musée de la Civilisation.  Depuis plusieurs années, en effet, les deux interprètes ont intégré les thèmes et concepts de différentes expositions dans des performances exécutées dans les salles même d’expositions diverses. Cette fois-ci, quoique les thèmes des chorégraphies y prennent leur origine, leur danse sort du Musée.

D’une part, le thème de la chorégraphie Les femmes de la Lune Rouge d’Annie Gagnon est tiré d’une exposition récente (Samouraï).  Une première version de cette chorégraphie, présentée dans les salles de l’exposition en 2013, cherchait à s’inspirer de  la dimension sacrée et des paradoxes de la féminité, du rituel et des cycles de transformation. La nouvelle version a continué le développement de ces thèmes mais amène le duo d’interprètes dans une direction légèrement différente et dans une mise en scène totalement renouvelée.

D’autre part, le thème de la chorégraphie Femmes-bustes, du duo Frucek/Kapetanea (RootlessRoot) est inspiré en partie de l’exposition en cours (Les maîtres de l’Olympe) mais celle-ci a été construite totalement à l’extérieur des salles d’exposition et ne fera l’objet d’aucune présentation dans les murs du Musée.

Les chorégraphes :

Depuis 2006, Linda Kapetanea et Jozef Frucek de la compagnie RootlessRoot  ont développé le « Fighting Monkey Research Programm », une recherche sur le mouvement appliquant des principes éducationnels d’entraînement et de pratique tirés des arts martiaux. Ces principes sont orientés vers le combat et la lutte lorsqu’ils sont appliqués à la danse. Dans un art du partenariat basé sur la recherche du vide et sur l’écoute de l’autre, les danseurs apprennent à bouger ensemble, parfois de manière sauvage mais toujours sécuritaire, sans prévoir ni présupposer de ce qui peut survenir pour la suite des choses.

À travers un travail intense (voir la vidéo : Fighting Monkey try) et précis (voir la vidéo : Fighting Monkey feet work) , les développeurs de cette méthode sont intéressés par la recherche de liberté, loin de l’intellectualisation du mouvement, loin de ce que la personne pense connaître ou ignorer, loin de ce dont elle se croit capable ou non. Malgré le titre de la méthode, ils ne veulent pas former des singes; le « singe » dont il est question est celui qui est dans la tête de la personne et la rattache à ses croyances. Il est la créature qui peut bloquer les possibilités, l’imagination et la créativité. Cette façon de s’entraîner, proposée par RootlessRoot, devient donc une manière de comprendre les habitudes de mouvements à travers les interactions. Elle permet de tester les limites et, éventuellement, d’élargir les possibilités physiques et les horizons créatifs des danseurs.

Depuis la mise ne place de cette méthode, les danseurs qui s’entraînent avec le duo Frucek / Kapetanea s’attaquent parfois à des tâches très concrètes (comme l’équarrissement de bûches du bois ) et peuvent y développer un vocabulaire gestuel très particulier (comme cette course de chien). Les stages d’entraînement  donnent parfois lieu à des classes ouvertes ou servent de base à la commande chorégraphique pour une nouvelle création du duo, comme dans le cas des chorégraphies Bulldog ant  et UNA Unknown Negative Activity. Dans les productions récentes du duo RootlessRoot, le projet Eyes in the colors of the rain se rapproche de l’esthétique proposé dans Femmes-bustes. Dans une proposition chorégraphique intense, le duo de créateurs fait référence à la transformation et à la destruction archétypale des héros de la mythologie ancienne.

Annie Gagnon (de Montréal) –  à ne pas confondre avec Annie Gagnon de Québec qui présentait le spectacle Noire en mai dernier dans la saison de La Rotonde – est une danseuse et chorégraphe qui a été remarquée pour ses œuvres précédentes présentées dans la métropole en 2010 : La Marche Invisible, la Biche Lumineuse  et le Lapin Samouraï qui l’ont menée à son premier spectacle solo Reviens vers moi le ventre en premier  qui présentait un univers de transformations, proche de l’art performance, questionnant la féminité archétypale dans lequel elle était mi- femme, mi- animal. Ce spectacle récent était présenté par Tangente au Théâtre Prospero.

Dans son œuvre pour le duo Arielle et Sonia, la chorégraphe amène les interprètes dans l’exploration de différents « états de corps » clairs et définis, laissant beaucoup de place à l’instinct. Son  » objectif, c’est toujours de créer un monde, un univers dans lequel le spectateur, grâce à son propre lexique et son bagage personnel, va voyager et ressentir ses propres sensations « . Extrait de La femme, cet animal sauvage, par Margot Cascarre.

En conclusion, vous êtes encore une fois invités à la découverte : deux interprètes avec leur nouveau statut officiel de compagnie de danse, deux chorégraphes à découvrir et deux univers complémentaires mettant en scène deux danseuses explorant différents aspects de la féminité.

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