Pis et replis, FOLDS de Katia Marie Germain et Ruminant ruminant de Brice Noeser, par DFDanse

Publié le 18 décembre 2014 par Marie-Hélène Julien

Ruminant Ruminant, photo de Frédéric Chais

Se replier sur soi. Y découvrir un autre dans les plis. Plisser les yeux pour parler chinois. Et se plier en deux pour faire croire à un autre que soi. Tangente double un programme avec deux propositions qui n’ont rien en commun, sinon peut-être leur point de départ similaire : un duo factice, soi face à soi, elle face à lui.

Dans les replis de soi

Lorsque Katia-Marie Germain avait présenté Aube à Tangente il y a exactement deux ans, son travail démontrait déjà des aspects intéressants, à approfondir et développer dans la bonne direction. Par exemple cette chorégraphe émergente faisait preuve d’une sensibilité pour les arts visuels, qui agrémentait sa recherche du mouvement d’une vision plus architecturale de l’espace environnant, remodelé par les éclairages et ombres, ainsi que le son. Elle laissait en parallèle suspecter de fortes influences de grands réalisateurs (type David Lynch) ou photographes dans son approche de l’impermanence et d’un fantastique cérébralement conçu, cependant jeune encore dans son traitement. Très féminin et scolaire dans le procédé, professionnel quant au rendu.

F O L D S se réapproprie ces divers éléments concrets et conceptuels en jouant sur la perception des distances, la frontière immatérielle des corps, et la rémanence de l’illusion visuelle. Alors que sa pièce précédente s’amusait à substituer et subtiliser les silhouettes, intervertissant les danseuses ou les effaçant dans des fondus cinématographiques, cette nouvelle production explore les différentes couches d’un même soi, et l’essence de la présence ressentie dans le repli et l’isolement.

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Vaches folles

Dans le couple formé par l’interprète et chorégraphe Brice Noeser avec la danseuse Karina Iraola à l’occasion de Ruminant ruminant , il y a l’humour décalé et le sens de l’absurde de formations typiquement franco-belges telles que Grand Magasin ou L’amicale de production. Le fait, par exemple, d’annoncer ce que l’on est sur le point d’entreprendre, de créer un double discours aléatoire à l’aide de répliques écrites sur des panneaux qui surtitrent une conversation, ou des situations déroutantes en mode karaoké ou lipsynch dansé. Eux sont décousus pas qu’un peu, drôles aussi, mais passé outre leur fun, ils gagneraient à suggérer un second sens de lecture, un construit qui s’élaborerait au fur et à mesure que leur performance s’éclate et se défile. Quelque chose qui viendrait somme toute dire : « Vous avez crû que cela partait dans tous les sens, et en effet, mais pas que. »

Dans leur mélange du réel et de la cocasserie, ils arrivent à faire douter qu’une chanson hautement populaire ait pu prôner les asperges au déjeuner et déclasser le duo mythique des « draps s’en souviennent » (Il était une fois). Fort. Cela dit, se dégage d’eux deux une bizarre conviction à faire les choses avec nonchalance, et d’autres aussitôt. Une confusion des buts qui fait contraste avec leur thème rétro, sérieusement documenté, abreuvé à Destinée de Guy Marchand, Serge Gainsbourg et Anna Karina dans Ne dis rien et de fiévreuses complaintes hispanisantes comme Si nos rompio el amor (playlist intense, et référencée). Et pourquoi pas en japonais, des écouteurs pour ne pas entendre, une robe trop grande sur le dos pour mieux danser ?

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Source: DFDanse.

Spectacle associé

Idiom + Ruminant Ruminant

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Programme double /// Kẹmi Contemporary Dance Projects / Bienvenue Bazié et Jennifer Dallas / Toronto / Deux artistes sur scène /// Brice Noeser / Québec / Deux artistes sur scène


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