Chroniques du regard 2014-2015 – Symphonie dramatique par Hélène Blackburn

Publié le 7 avril 2015 par Mario Veillette

Symphonie dramatique, c’est quoi?  C’est un spectacle chorégraphique créé en 2014 pour 8 danseurs, une rareté dans le monde de la danse contemporaine au Québec. Il faut profiter de l’énergie débordante de cette bande de jeunes danseurs professionnels et expérimentés, qui sont souvent plus de trente semaines par année en tournées internationales. Présenté au grand public en soirée, le spectacle est aussi offert en matinées scolaires.

Photo: Damian Siqueiros

Photo: Damian Siqueiros

C’est pour vous si vous aimez la danse qui a un thème précis: ici Roméo et Juliette, les amants de Vérone créés par William Shakespeare (1564-1616) et si vous aimez, comme le rapporte J. Lapointe dans L’œuvre tout public ultime: « la danse qui danse ».

C’est pour vous si vous voulez profiter d’un spectacle énergique, facilement accessible, avec des danseurs impétueux, très engagés physiquement et démontrant un sens théâtral affûté.

C’est qui? La compagnie Cas Public, basée à Montréal, existe depuis 1989. Lors de la saison 2012-2013, ils sont venus ici présenter les spectacles Gold et Variations S. Cas Public jouit d’une réputation internationale et certains spectacles de la compagnie ont été dansés plus de 300 fois. La plupart des spectacles de la compagnie a été présenté dans plusieurs festivals et salles réputées à travers le monde.

La chorégraphe, Hélène Blackburn, est fondatrice et aussi directrice artistique de la compagnie. Comme c’est le cas dans la majorité des créations contemporaine, la danse a été créée avec la précieuse collaboration des danseurs et, comme je le disais dans une chronique précédente, pour elle et son équipe, chaque période de création devient un nouveau voyage créatif dans lequel les artistes impliqués cherchent à renouveler leurs vocabulaires et à revitaliser leurs approches.

Symphonie dramatique, la nouvelle création de Cas Public est une coproduction internationale (Festival Méli Môme, l’Opéra de Reims, le Théâtre du Bic, l’Agora de la danse à Montréal, l’Opéra de Saint-Étienne et la Maison des arts de Créteil) et propose une transposition en mouvements des grands thèmes de l’œuvre de Shakespeare : histoires d’amour, combats à mener pour accomplir une destinée, séduction, désir et déchaînement des passions…

Il est difficile de s’ennuyer dans cette Symphonie dramatique. La mise en contexte est faite verbalement dès le début du spectacle; tout le monde y aura compris quels sont les enjeux dramatiques. Les sections (saynètes) sont très courtes et varient rapidement entre les formations de groupes, solos et duos. Les costumes noirs et blancs, typiques de la compagnie, sont modulés par des changements vestimentaires (alternance de vestons, chemises et t-shirts) ou de chaussures (souvent les danseuses portent des pointes). Les chorégraphies de groupes, très accessibles, sont souvent de facture moderne (tout le monde ensemble sur une ligne simple ou sur des lignes en quinconce) avec une pointe de gymnastique et les portés faits en duo utilisent un répertoire de mouvements néo-classiques. On retrouve aussi dans le spectacle quelques incursions post-modernes qui viennent surprendre les spectateurs et pimenter le déroulement du spectacle (ici, dans l’utilisation de la voix et de la bande sonore).

La musique puissante et originale du compositeur et échantillonneur Martin Tétreault intègre des thèmes et de courts segments de plusieurs compositeurs tels Berlioz, Tchaïkovski, Gounod et autres qui se sont aussi intéressés aux mythiques amants de Vérone. Elle porte les danseurs dans leurs multiples élans, ardents et fougueux, des différentes sections dansées, où chacun des interprètes peut incarner les pulsions et passions de Roméo et Juliette.

Il est à noter que les spectacles en matinées scolaires seront précédés, en lever de rideau, de la courte chorégraphie Voler par milliers de Mélodie Duchesne-Pelletier, gagnante 2015 du concours chorégraphique pour élèves du secondaire Marquer la danse.

Finalement, fidèle à mon habitude, je propose un petit tour sur le Web.
Allez satisfaire votre curiosité. Donnez-vous quelques points de référence supplémentaires sur Roméo et Juliette.

En versions ballet :
Classique avec Rudolf Noureev en tant que Roméo dans la scène du balcon (1966) avec Margot Fonteyn en Juliette ou en tant que chorégraphe (1977), ou en version ballet contemporain de Thierry Malandain (2010).

En versions films :
La version de Franco Zeffirelli (1968) , celle de Baz Luhrmann (1996) , la version de Carlo Carlei (2013)  ou même celle d’Yves Desgagné (2006). Sans oublier l’adaptation géniale faite dans West Side Story et son merveilleux prologue.

En comédie musicale :
De Romeo Et Juliette (2001) de Gérard Presgurvic  à Giulietta E Romeo (2008) de Richard Cocciante.

En musique et chanson :
La version intégrale de la symphonie dramatique de Berlioz, un extrait de la composition Roméo et Juliette de Tchaïkovski, de celle de Nino Rota, sans oublier Charles Aznavour qui nous sérénade en italien (Noi andremo a Verona) que nous aussi, un jour, « Nous irons à Vérone ».

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