FTA / Manuel Roque / Data : Chorégraphie totale

Publié le 20 décembre 2016 par Sandrine Lambert

Data a reçu des éloges positives à l’occasion au festival TransAmériques en 2015. Découvrez ici une entrevue du Voir avec le chorégraphe et l’interprète de la pièce: Manuel Roque.

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Danseur de haut niveau, qu’on a vu chez Marie Chouinard comme chez Daniel Léveillé, Manuel Roque développe en solo une gestuelle imprégnée de ces collaborations tout en cultivant sa singularité. Dans DATA, il invente une forme de chorégraphie totale, plaçant son corps virtuose en dialogue avec la minéralité. Entrevue.

VOIR: Vous dites vouloir travailler avec votre corps et tout ce qu’il contient, tout ce qu’il est devenu au fil de vos années de pratique. Peut-on voir ce spectacle comme une forme de chorégraphie totale?

Manuel Roque: «Il s’agit en tout cas de prendre en considération toutes mes possiblités physiques. C’est aussi une recherche sur l’identité, que j’ai élaborée sur deux ans. Physiquement, qu’est-ce-qui m’est personnel? Qu’est-ce qui est de l’ordre de la trace chorégraphique laissée en moi par la gestuelle de Marie Chouinard ou de Sylvain Emard? Ce sont quelques-unes des questions que je me suis posées. Dans un premier temps, j’ai essayé de repousser toutes les esthétiques des autres mais, à force de faire cet exercice, j’ai compris que j’étais constitué de toutes ces gestuelles et qu’il ne fallait pas tout enrayer parce qu’elles me définissent. À travers elles, je sais tout de même exprimer une singularité physique et kinesthésique.»

VOIR: Le spectacle repose ainsi sur une grande diversité de techniques, de genres et d’états de corps?

M.R.: «On peut en effet y lire une certaine multiplicité. J’ai voulu créer un voyage, une sorte de démultiplication. Comme humain et comme danseur, on n’est jamais le fruit d’une seule signature ou d’une seule posture: je voulais engager la conversation à partir de tous les êtres qui sont en moi. Qui suis-je vu de côté?, de l’au-delà, qui pourrais-je être dans un univers parallèle?: il s’agit de décliner tous les possibles de moi-même. L’enjeu chorégraphique a été de développer différentes physicalités, différentes textures. Mais tout cela se fait de manière organique, les choses s’interconnectent tout naturellement.»

Photo: Marilène Bastien

Photo: Marilène Bastien

VOIR: De quelle manière cette démarche vous a-t-elle mené à une réflexion sur l’histoire de l’humanité et son devenir?

M.R.: «En cherchant à démultiplier les regards sur moi-même, cette notion de l’inscription de l’humain dans un continuum historique s’est imposée, dans une  volonté de traverser des siècles d’histoire humaine.  La notion d’humanité m’intéresse parce qu’on arrive à un moment où cette humanité se transforme au contact du virtuel: le génome humain va bientôt être séquencé, décodé. On est toujours en train de traiter l’information hyper-rationnellement, y compris l’information organique. Comme chorégraphe et danseur, ça me préoccupe, parce que je crois que le potentiel expressif et poétique du corps dépasse cette classification et ne peut pas toujours s’y insérer.»

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Source: Philippe Couture, Voir.

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