Solide comme le Roque par Brigitte Manolo, Dfdanse

Publié le 20 janvier 2017 par Sandrine Lambert

Manuel Roque débarque dans la Capitale-Nationale pour 2 représentations de Data les 26 et 27 janvier prochains au Musée national des beaux-arts du Québec. Voici une critique parue après la première du spectacle à l’usine C en 2014.

Photo: Marilène Bastien

Photo: Marilène Bastien

[…]Et puis au sommet de la soirée, on l’attendait, la crème de la génération artistique actuelle : il y a Manuel Roque.

En 2012, son duo grinçant avec Lucie Vigneault dans Ne meurs pas tout de suite, on nous regarde (Tangente) défendait bien son mélange aigre-doux d’humour et de malaise métaphysique, un pétard mouillé divertissant et déroutant sur nos modestes existences de grands ambitieux. Data reprend d’une certaine façon ce décalage entre notre petitesse mortelle et nos aspirations démesurées d’êtres invincibles, dans un solo époustouflant qui privilégie la qualité physique et esthétique sans rien perdre en accessibilité, imagerie ou dérision.

L’héritage d’années d’interprétation chez Marie Chouinard transparaît immédiatement, dans les contorsions dorsales et les désarticulations mandibulaires de Manuel Roque, et son incarnation de forces surnaturelles et divines, mi-spirituelles mi-animales. Suivant les mouvements éloquents du Requiem de Gabriel Fauré, la danse se laisse habiter du grandiose et par moments l’imite ridiculement, avec de constantes glissades de registres qui réveillent les créatures du marquant Orphée et Eurydice (2008). Dans l’exigence et la rigueur technique, c’est son engagement auprès de Daniel Léveillé qui s’affirme (Solitudes solo, 2012), par un sens aiguisé de l’épure scénique, une recherche extrême et précise des figures gymnastiques et de leur enchaînement demandant. Et puis il y a l’élégance, le style, la finesse et le rictus subtil de l’école Paul-André Fortier qui plane à plusieurs endroits et maintient un souci de partage et de transmission du sentiment au public.

Quant à la formation circassienne de Manuel Roque, elle s’exprime pleinement dans l’alliage de performance et d’esthétisme, et la pleine maîtrise d’une musculature impressionnante aux réelles capacités mutantes. Il est tantôt géant, tantôt minuscule, un colosse dans sa tête qui fond au soleil, Icare puissant et éphémère. L’enseignement du cirque sert aussi son propos, par cette prémisse de gens ordinaires (qui se veulent proches de nous) accomplissant des choses extraordinaires. Dans Data, l’exploit est physique et chorégraphique, mais également dramatique par poussées et désamorçages successifs. L’écriture est limpide autour d’un homme et son rocher : son désir de distinction lui fait déplacer des montagnes, et toujours son destin d’humain le ramène à Sisyphe qui roule sa pierre et tourne en rond.

La recherche s’est fondée sur la perméabilité du corps à son environnement, et l’on perçoit par alternance le poids de la solitude et de la folie du désert versus l’agoraphobie et le besoin d’individualité noyé dans la jungle de Manhattan, les lieux opposés investis par le chorégraphe durant son processus de création. Pourtant le message est clair, en dépit de l’accumulation de connaissances, des remparts matériels, des réseaux de communication encombrés et des projections héroïques multiples de chacun, qu’il soit seul au sommet ou écrasé par la masse, l’homme est une marionnette, son ombre un grain de sable, sa vie du théâtre et tout jeu a une fin, peu importe le décorum qu’il se donne.

Manuel Roque fait définitivement sensation et place cette saison sous le signe de la virtuosité et de l’excitation. Sa générosité permet une parfaite immersion dans son univers chorégraphique de choix, et l’expérience de son vocabulaire corporel, élaboré et métaphorique, est réjouissante. Une étoile rare de la danse contemporaine comme il en existait en ballet classique. À admirer.

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Source: Brigitte Manolo, Dfdanse.

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