Frédérick Gravel : « This duet that we’ve already done (so many times) » par Marjolaine Zurfluh, dansercanalhistorique.fr

Publié le 28 mars 2017 par Sandrine Lambert

This Duet That We’ve Already Done (so many times), création de Frédérick Gravel a été présentée pour la première fois à l’Agora de la danse à Montréal. Voici la critique parue sur dansercanalhistorique.fr.

Photo: www.photoman.ca

Photo: www.photoman.ca

Sans musiciens, son « Band » pour l’accompagner, Frédérick Gravel s’aventure dans un duo sensible et plutôt intimiste, qu’il danse et co-signe avec Brianna Lombardo. Une autre facette de l’artiste montréalais.

Le début est pourtant fort « gravelien ».  Il bidouille son iPod, elle se sert un verre, ça plaisante de part et d’autre, la décontraction semble totale et pour le public, c’est un peu comme arriver chez des copains. On attend donc, sourire aux lèvres, les textes décapants, les improvisations déjantées, quelque interpellation complice ou grinçante, et cet humour inclassable propre à l’auteur, qui transporte à coup sûr dans une énergie jouissive.

Et puis … non…  À la place se dessine rapidement une partition différente, tout aussi jubilatoire et d’autant plus puissante qu’elle nous surprend. Et ce, dès que Brianna Lombardo se met à bouger. Cette étonnante danseuse aux yeux de chat capte dès sa première diagonale par la qualité de ses mouvements et son magnétisme. Sa précision cisèle à merveille la chorégraphie. Elle pique le sol sur le bout des pieds, déplie ses bras vers le ciel, puis, coudes tirés en arrière, le dos souple et cambré elle entame des glissades qu’elle stoppe net, genoux plantés au sol. Hyper naturelle, elle semble libérée de toute difficulté physique.

Face à elle, Gravel campe un homme vulnérable aux épaules étriquées dont l’entrave contraste avec l ‘amplitude des bras, coincé mais capable tout à coup de lancer ses abattis dans une joyeuse danse folklorique.

Fort de cette complémentarité, le couple noue une relation singulière qui va aller crescendo sans jamais redescendre. Leur danse se construit par accumulation, dans une gestuelle syncopée et tranchante qui découpe les mouvements dans une multitude de figures angulaires. Ils cultivent le double sens du bout de leurs doigts, index et majeur rassemblés, à la fois pistolets ou gracieuse figure d’icône. Leurs poings, comme des sabots ou des cornes les rendent parfois faunes ou centaures, puis les mains deviennent plates et les bustes se tournent de profil. On entrevoit une  référence au faune de Nijinsky … juste en passant, avec légèreté.

Jeux de cheveux, séance de pincements, ventre, sein, bras y passent, chacun scrute le pli, le bourrelet, l’ affaissement, puis le couple commence une bagarre d’ une force physique plutôt sensuelle qui n’est que le préambule à un corps à corps vibrant, peau contre peau, où la femme, après de subtiles imbrications, finit par reposer et balancer lentement sur la cuisse de l’homme. Long moment de quasi immobilité, tout en tension, elle est ultra réceptive, ça palpite et on sent l’imperceptible battement tandis que la lumière se resserre sur les corps.

Pour lire l’article complet, cliquez ici.

Source: Marjolaine Zurfluh, dansercanalhistorique.

Publié dans , | Marqué avec , , , , , | Laisser un commentaire