[CRITIQUE] Corps solitaires, multiplications solidaires – par LiterNet

Publié le 26 avril 2018 par Laurence Bégin

Un tapis gris de danse, des lumières claires et douces, des sonorités baroques et rock. Enroulements, chutes, sauts, pulsations de ventre, positions de combat. Des corps-ponts, des corps-insectes, des corps-mammifères, des corps-christiques, des corps-guerriers – tous ces profils habitent et amplifient l’espace pendant une heure durant laquelle on assiste à un enchaînement de six duos dans diverses combinaisons (homme-homme, homme-femme, femme-femme), mais qui nous renvoient toujours à la solitude.

Le 19 et le 20 avril 2018, la Salle Multi de Méduse de Québec s’est réjouie, par la médiation du diffuseur La Rotonde, de la présence des membres de la compagnie Daniel Léveillé Danse. Fondée en 1991 et dirigée par le grand chorégraphe québécois Daniel Léveillé, la compagnie était de retour à Québec pour présenter Solitudes duo (conçu en 2015), la continuation du spectacle Solitudes solo(2012). Une démarche à travers laquelle Léveillé, qui a reçu le Grand Prix de la danse de Montréal en 2017, cherche à mettre en valeur des corps qui « se lovent, s’envolent dans d’acrobatiques et tendres portés, s’effondrent sous le poids du mépris. Les semblables se rencontrent en miroir », selon le programme du spectacle.

Toutefois, les premiers danseurs qui font leur apparition sur scène, soit Justin Gionet et Mathieu Campeau, n’articulent pas de mouvements en miroir – chacun vient installer sa propre présence d’une manière différente, en donnant au regard du spectateur la possibilité d’assimiler les individualités des deux danseurs. Au lieu de les faire se miroiter le chorégraphe a choisi, pour le commencement du spectacle, un dialogue en mouvement qui fait valoir les différences entre les deux types de corps sur scène et même entre les regards que les danseurs exhibent. Justin Gionet élabore une présence corporelle d’une large disponibilité envers l’autrui – ce que l’on constate dans tous ses duos, que son partenaire soit un homme ou une femme – tandis que Mathieu Campeau met en action un corps plus contrôlé, plus refermé, plus dirigé vers une dignité hyper-masculine et olympienne. Le dynamisme du mouvement, construit sur la musique de Bach, s’oriente graduellement vers une intensité qui semble indiquer la possibilité d’une déchirure violente à tout temps. Cependant, tout ce qui risque de devenir une chute incontrôlable et chaotique est récupéré par la structure mathématique de la chorégraphie : le corps au sol devient un point d’ancrage pour l’autre qui l’attend, bâtissant ensemble des ponts qui protègent l’espace de danse de tout élément inattendu.

Lisez la critique complète de Béatrice Lapadat, sur LiterNet (média roumain), le 26 avril 2018.

Béatrice Lapadat est doctorante en arts de la scène et de l’écran à la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université Laval.

Photo : Denis Farley, avec Emmanuel Proulx et Ellen Furey

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