L’Homme qui danse | Critique | Le Soleil

Publié le 30 novembre 2018 par Laurence Bégin

Solo70_credit Sandrick Mathurin-3137

En regardant Paul-André Fortier arpenter pas à pas un carré blanc, on voit L’homme qui marche de Giacometti. Cette figure grave, humaine, plus grande que nature, qui témoigne de la beauté et de la laideur du monde.

Fidèle à ses habitudes, le danseur et chorégraphe a invité des créateurs de d’autres disciplines pour bousculer ses repères dans Solo 70, l’ultime spectacle de la compagnie Fortier Danse-Création, qui fermera le 31 décembre. Ici, ce sont le comédien Étienne Pilon, la guitariste Jackie Gallant et l’auteur Étienne Lepage, qui cosigne aussi la mise en scène.

L’homme en noir, sur fond blanc, marche, glisse, bat du talon. Lorsqu’il relève la tête pour regarder la salle de son regard d’aigle, qu’il s’ébroue, les omoplates secouées de spasmes, on retrouve un peu l’homme-oiseau de son spectacle Cabane, qui avait été présenté par la Rotonde en 2010.

Après un long moment, guitare et voix s’arriment à la danse, lui donnent une impulsion rock, une décharge festive. Les mouvements du danseur gagnent en amplitude, il saute, le visage toujours stoïque, absent et présent en même temps.

Le spectacle prendra une nouvelle teinte, plus bleutée et enveloppante, lorsque Gallant se mettra à chanter une pièce plus douce. Les deux mains sur la tête pour former une crête, Paul-André Fortier devient l’apache indomptable, le porte-étendard de la poésie du corps vieillissant. Après qu’Étienne Pilon ait scandé, dans un flot de balbutiements rapides, un texte qui répète «J’en peux pu» en énumérant tout ce qui rend le monde amer et la vie lourde, les interprètes entrent en guerre.

Fortier s’approprie objets et instruments, cogne un micro au sol, puis Pilon et Gallant répliquent, imposant un clinquant chaos. Le comédien nargue le danseur septuagénaire, le bouscule. Fortier, lui, se dénude à demi, mais loin d’être plus vulnérable, il gagne en force et continue ses pérégrinations.

Le texte d’Étienne Lepage, porté par Pilon, arrive comme un coup de poing au ventre, une vive incarnation de la laideur ordinaire, de la cruauté quotidienne. Puis les images d’œuvres de Marc Séguin, où soldats et destructions s’empilent, sont une deuxième attaque. Pour s’accrocher, il ne reste que cette silhouette d’homme qui marche, qui danse malgré tout, parce qu’il le faut.

 

Lire la critique complète de Josianne Desloges, dans Le Soleil, le 30 novembre 2018.

Photo : Sandrick Mathurin

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