Solo 70: la trace du temps | Critique | Les Enfants du paradis

Publié le 30 novembre 2018 par Laurence Bégin

Solo70_credit Sandrick Mathurin-3273

 

Solo 70, c’est le dernier tour de piste dansé de Paul-André Fortier. Un faux solo en forme de clash des générations et d’ode au corps vieillissant.

Solitaire mais pas totalement

Dans un carré blanc bien délimité, le danseur parcourt minutieusement l’espace. Le pas est méthodique. Glissant et clapotant à quelques occasions. Traçant des motifs dans son carré. C’est le silence sur scène et dans la salle. Musicienne et comédien en retrait se taisent. Les épaules du danseur, toujours solitaire dans son carré, s’agitent. Gracieuses. Comédien et musicienne entrent dans la danse. Lui en slammant. Elle en interprétant un rock de plus en plus puissant. Le danseur solitaire n’est plus seul. Le solo n’est plus un solo mais un trio. En forme de clash des générations. Le pas du danseur est doux, le slam du comédien est vif, le rock de la musicienne est vigoureux et musclé.

Contraste d’univers. Clash de générations. Surtout une forme d’ode au corps. Ce corps vieillissant aux gestes bien sages, calculés, mesurés, s’opposent à des corps qui ne demandent qu’à bouger. Corps jeunes. Athlétiques. Dans le mouvement. En bout de course, le corps vieillissant est plus endurant. Il s’impose malgré les soubresauts des jeunes corps qui le bousculent. Il est imperturbable. Au final, il est toujours seul en scène. Le comédien et la musicienne ayant battus en retraite et quitter la scène. Le danseur continue à tracer des motifs dans son carré. Il finira par quitter. Doucement.

Tout ça donne l’impression d’une performance plutôt sage. Pas vraiment. Le comédien prononce des mots terribles, le danseur montre ses fesses et son corps vieillissant, la musicienne intervient bruyamment pendant la marche solitaire du danseur. Le danseur réquisitionne la guitare de la musicienne, vole les micros et les bouteilles d’eau. Le trio n’est pas sage du tout.

Une belle complicité

Si le trio offre une belle complicité, le tout semble passablement dissocié. Peu de cohérence entre les éléments et entre les deux parties du spectacle. La première partie en mode grande solitude s’étire un peu trop. C’est quelque peu répétitif. Le lien avec la deuxième partie, plus tonitruante, est ténu.

Seul liant, ce fameux clash des générations et cette ode au corps. En forme de mise à nu. Le danseur, tout de noir vêtu au début, se déshabille progressivement. Pas complètement. Jusqu’au raz des fesses. Il y a tout de même dans cette mise à nu et ce clash, une forme de victoire du corps vieillissant sur le jeune corps. Il est roublard ce Fortier. En livrant ainsi son corps vieillissant qui triomphe de jeunes corps, il offre une certaine promesse d’un corps éternellement jeune.

Allez-y surtout si vous aimez: les spectacles audacieux, voir une dernière fois Paul-André Fortier danser, des corps atypiques en danse, les rencontres de générations.

 

Lire la critique complète de Robert Boisclair, dans le blogue Les Enfants du paradis, le 30 novembre 2018.

Photo : Sandrick Mathurin

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