The Black Piece : noirs désirs | Critique | Le Soleil

Publié le 2 novembre 2018 par Laurence Bégin

The Black Piece, Ann Van den Broek, WArdwaRD, photo Maarten Vanden Abeele-45

The Black Piece, de la compagnie belge et néerlandaise WArd/waRD, aurait certainement eu sa place au Mois multi. Objet scénique inclassable, où images vidéos tournées en direct, danse, bruitage et chants composent un rituel tour à tour angoissant et jubilatoire, la création d’Ann Van den Broek bouscule nos repères tout en exerçant une étrange fascination.

Dans l’obscurité, on distingue des marques au sol, comme des étoiles éloignées dans un ciel brumeux. Un rire fuse, puis un frottement, des pleurs, des coups répétés. Une forte respiration se fait entendre pendant qu’une caméra plonge en apnée pour nous révéler les corps, les objets et les vêtements qui jonchent le sol. Nous sommes au coeur d’un cauchemar ténébreux. Les scènes d’angoisse, où les corps se tordent et se débattent, alternent avec des chorégraphies synchronisées aux allures de vidéoclips expérimentaux.

La voix de Gregory Frateur agit comme un fil rouge dans ce périple éclectique. Au rythme des sons de gorge et de glotte, les trois interprètes masculins se livrent à une parade; menton levé et regard de feu, pendant que leurs épaules pulsent, aguicheuses, et qu’ils claquent du talon comme des danseurs de flamenco. Pendant un autre chant galvanisant, où une danseuse reprend les mouvements et mime le chant d’un homme sur l’écran, l’angoisse se dissipe et cède la place à une fête furieuse.

Les mots et les sons sont répétés et s’enroulent. On chante l’interdit, la noirceur, les rêves flous. On enchaîne les coups martelés, les frottements qui usent. Les images sur l’écran et celles qui apparaissent sur scène dans les faisceaux de la lampe se confondent. Certains interprètes, à l’écran, ne sont pas ici, et pourtant, ils semblent interagir avec ceux qui sont là, en chair et en os. Les interprètes s’amusent à nous méprendre sur leurs intentions, à transformer les perversions en tour de magie et les torturés en bêtes de scène.

Tout nous est présenté dans la pénombre, voire dans le noir complet. Une lampe de poche et une caméra balaient l’espace, sublimant ces morts-vivants, ces incarnations exaltées, fantasmées, perverties ou tordues de soi-même et des autres. Ils sont régulièrement ramenés en ligne à l’avant-scène pour un entraînement énergique, éreintant et coordonné.

La chorégraphe et conceptrice a su créer tout un monde de contrastes agglutinés, tout en développant une gestuelle vraiment unique.

 

Lire la critique complète de Josianne Desloges, dans Le Soleil, le 2 novembre 2018.

Photo : Marteen Vanden Abeele

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