Alan Lake : quand le mouvement devient moteur de création | Entrevue | QuébecSpectacles

Publié le 13 février 2019 par Laurence Bégin

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Quel que soit le projet chorégraphique sur lequel travaille Alan Lake, il semble toujours en repousser les limites. Dans une approche pluridisciplinaire où se conjugue danse, arts visuels et cinéma, il explore le mouvement par la transversalité du corps, de son espace et du temps qui passe. Il fonde en 2007 Alan Lake Factori(e), une compagnie de danse contemporaine pluridisciplinaire. Entouré de fidèles collaborateurs, il présente aujourd’hui son travail à Québec, à Montréal et au Canada.

QuébecSpectacles est allé à la rencontre d’Alan Lake, interprète, chorégraphe, réalisateur et artiste en arts visuels.

Définir son univers de création

La démarche artistique pluridisciplinaire d’Alan Lake s’est façonnée au gré de ses apprentissages, de ses expériences et aussi de ses explorations dans lesquelles s’est immiscé le thème du corps. De ses études en arts visuels (DEC et BAC), il porte sa création vers la peinture et la sculpture, où son intérêt pour le corps prend doucement forme; puis se transpose sur grand écran, poussé par le désir d’occuper l’espace et de faire bouger le sujet.

Fil conducteur de sa démarche artistique, à la fois oeuvre et moteur de création, le corps devient une fascination pour Alan Lake. Pour approfondir et nourrir sa recherche, il s’inscrit au programme danse-interprétation de l’École de danse de Québec, puis fonde sa compagnie de danse contemporaine.

Faire confiance à l’intelligence collective

Naturellement, on est porté à se faire une certaine représentation mentale du travail d’un artiste et de sa façon de créer : par exemple l’artiste doit vivre la tourmente pour susciter l’émotion ou se plonger dans la solitude pour se recueillir; pour Alan Lake, la création d’une oeuvre chorégraphique repose sur l’imaginaire collectif dans lequel chacun de ses collaborateurs a sa place.

«Avec mes collaborateurs, qui sont pratiquement les mêmes depuis les dix dernières années, le fait qu’on se connaisse bien permet de générer beaucoup d’idées durant le processus de création. Aussi, cela réduit les limites de l’impossible, on discute, on se relance, on construit sur une idée, un lieu, un mouvement», explique-t-il. Ainsi, la force du groupe permet à l’oeuvre de prendre forme pour raconter son histoire et proposer un univers.

Une oeuvre pluridisciplinaire en trois temps : l’image sur pellicule, le décor et les corps

Les spectacles que présentent Alan Lake s’amorcent généralement par la présentation d’un film. «Cela permet de jouer avec les paramètres pour créer l’univers. On peut sauter de l’hiver à l’automne par la magie du montage cinéma, on peut transformer complètement un personnage pour qu’il devienne un être mythologique sculptural en deux plans», précise-t-il. «Si on tourne à l’extérieur dans la nature, on le transpose ensuite sur scène dans une autre forme pour dessiner le décor. Cela fait évoluer la narration, surtout quand on ajoute le mouvement.»

«Il faut savoir aussi que le fil est en premier lieu une oeuvre autonome qui va courir les festivals. Il sert ensuite d’introduction au spectacle pour transposer l’histoire sur scène, où il y a alors toute une logique de l’art vivant à développer à ce moment-là. Pour chaque spectacle, tout est écrit au quart de tour et chorégraphié, mais il n’en reste pas moins que selon l’état du danseur, la réaction du décor, quel public est devant, le spectacle reste vivant et va changer un peu selon cette vibe générale.»

Le message du mouvement

Selon Alan, «l’intérêt pour le mouvement n’est pas uniquement celui du corps, mais aussi le mouvement de la création, le mouvement entre les formes. Pour exprimer une émotion par le corps, comme avoir froid par exemple, on se questionne à savoir comment le corps réagit, comment générer un frissonnement, car il y a plein de façons de bouger. Moi, j’ai une fascination pour la mécanique du corps en duo. Danser avec un partenaire est inspirant : le poids de l’autre, comment tu redescends ou comment on tombe au sol ensemble, comment je saute dessus…».

«La recherche du mouvement va jusqu’à imposer aux danseurs un lieu autre que le studio. Je me demande de quelle manière est-il possible d’amener d’autres formes de gestuelle. Si je suis dans une rivière, dans mes genoux je ressens la force de l’eau passer. Alors, il faut s’attarder à ces mouvements et à ses sensations pour rapporter le message sur scène ensuite.»

«La magie de la danse contemporaine fait en sorte que ce n’est pas que le mouvement qui est imprégné d’une grande charge humaine. Les danseurs pourraient marcher, tomber ou faire une danse complète, mais un peu inhabitée et vous ne sentirez rien. Alors que mes collaborateurs, les danseurs avec qui je travaille, David, Esther, Arielle, Fabien, on est tellement humain ensemble, c’est tellement chargé de quelque chose, quand on les regarde, on est touché parce que ce qu’ils dégagent, ce qui se crée au-delà de la gestuelle.»

Lire l’entrevue complète de Catherine Chagnon, dans QuébecSpectacles, le 13 février 2019.

Photos : Antoine Caron

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