Gratter la pénombre: les luttes sismiques | Critique | Le Soleil

Publié le 8 février 2019 par Laurence Bégin

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Créé autour de quatre solos interreliés, Gratter la pénombre du chorégraphe Alan Lake aura dû être remanié à la dernière minute, à cause d’une blessure chez l’une des interprètes. La nouvelle création pour petite jauge s’est donc recentrée autour de trois territoires intérieurs, dessinés par la singularité de chacun des danseurs.

Lors de la première, Arielle Warnke St-Pierre n’a pas fait son solo, mais elle s’est tout de même jointe aux scènes de groupe, qui lient les performances dans un univers mouvant où les métamorphoses tordent les corps.

Si on reconnaît le symbolisme à la fois onirique et brut qui est devenu la signature de la Alan Lake Factori(e), Gratter la pénombre est toutefois plus dépouillé (petite salle oblige) que ce à quoi la compagnie nous avait habitué. Il y a pourtant des panneaux qui forment un mur, puis un jeu de construction qui rappelle des plaques tectoniques, mais ici les corps luttent surtout dans l’air, en proie à des luttes intérieures, voire sismiques.

Après un prélude où se conjuguent un bac d’eau, des fleurs rouges prisonnières d’un bloc de glace, une femme torse nu devant un miroir et une silhouette d’homme derrière une vitre trouble, Esther Rousseau-Morin est la première à se lancer.

Ses gestes sont saccadés, percussifs, rotatifs. L’interprète enchaîne les mouvements au sol, semble s’élancer pour une course, mais retourne toujours au sol, condamnée. Lorsqu’enfin elle se dresse, verticale, ses mouvements s’étirent et montrent toute sa force. En levant les bras au ciel, elle invoque, elle se rend, mais finalement serre des poings.

Les mouvements de David Rancourt, qui vient prendre le relais, sont plus fluides, plus coulants, avec des pointes contrastantes où les pieds et les jambes se tendent, sous tension. Il sera, lui aussi, beaucoup au sol, dans une lutte à finir avec lui-même. Même si les langages des deux premiers solos, nourris par les interprètes eux-mêmes, sont singuliers, des mouvements et des déplacements similaires en font deux versions d’un combat semblable, qui se termine par une assez longue séquence où Rancourt fait mine d’extraire quelque chose de fibreux de sa bouche.

Lorsque Fabien Piché vient occuper la scène, on assiste à une performance d’un tout autre ordre. Tous les mouvements du danseur sont guidés par ses côtes, dressées vers le plafond, ce qui le tord et le transforme complètement. S’insérant entre les panneaux de bois brut, il arpente un labyrinthe de blocs, y grimpe, y plonge, en suivant les battements d’un coeur qui s’emballe. En se laissant tomber brutalement dans un bac d’eau, il éclabousse la scène pour en faire une surface luisante et dangereuse, où il multiplie les glissades.

C’est probablement dû au segment manquant du spectacle, mais cet écart entre le solo de Piché, où la gestuelle explose en même temps que l’appareil scénographique, et les deux premiers solos crée un certain déséquilibre dans la représentation. On sent que certains morceaux s’emboîtent, sans pour autant arriver à distinguer l’image qui révélerait tout.

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Lire la critique complète de Josianne Desloges, dans Le Soleil, le 8 février 2019.

Photos : Chloé Delorme

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