Chroniques du regard 2019-2020 | 02 – De la glorieuse fragilité

Publié le 23 octobre 2019 par Mario Veillette

De la glorieuse fragilité de Karine Ledoyen (Danse K par K)

Karine Ledoyen, chorégraphe de Québec, présente De la glorieuse fragilité son plus récent spectacle intégrant quatre danseurs, deux hommes et deux femmes, ainsi qu’une artiste vidéaste captant et traitant des images en direct. Cette nouvelle œuvre multidisciplinaire, ludique et accessible est basée sur les témoignages de danseurs professionnels ayant terminé leur carrière d’interprète et quitté la scène. Leurs paroles inspirent les thèmes abordés : le deuil, la célébration, l’échec et la réussite. De la glorieuse fragilité sera diffusé trois fois à la salle Multi de Méduse.

02 - De la glorieuse fragilité - crédit David Cannon

 

De la glorieuse fragilité, c’est pour vous si vous aimez les spectacles basés sur les réalités humaines.

De la glorieuse fragilité, c’est pour vous si vous aimez la danse accessible.

De la glorieuse fragilité, c’est pour vous si vous voulez célébrer la danse et ses interprètes.

 

02 - De la glorieuse fragilité - crédit David Cannon

Le spectacle

Le spectacle commence, dès l’entrée du public, par le ramassage d’une fête à laquelle nous n’avons pas assisté. Nous y aurons accès par certaines images projetées sur un écran en fond de scène. Écran qui, tout au long de la performance, donnera aux spectateurs toutes sortes d’informations. Les confettis, chapeaux de fête et décorations sont remisés afin de laisser l’espace vierge.

Au fil du spectacle, nous aurons accès, sur l’écran ou dans une bande sonore, à des extraits d’entrevues faites auprès d’une vingtaine de danseurs ayant quitté leur carrière d’interprète. En recevant à notre tour les témoignages recueillis par la chorégraphe, nous pourrons conclure que cette fête en était une d’adieu. Adieu à une carrière de danseur, adieu à une activité totalement prenante pour qui la pratique professionnellement et, surtout, changement d’attitude face un art qui marque les individus même s’ils en cessent la pratique quotidienne.

Les entrevues recueillies témoignent de l’amour de la danse et deviennent une trame narrative coexistant avec la danse scénique. Cette relation marquante entre l’art de la danse et ceux qui ont quitté la scène (sans que la danse ne les quitte) peut permettre de réfléchir sur d’autres aspects de la vie impliquant fragilité, imprévu, imperfection, équilibre, justesse, ajustement, dépassement, possibilités et victoires.

Parallèlement aux témoignages et en écho aux différentes danses effectuées devant public, l’écran sert à soumettre quelques questions ou à lancer des pistes de lecture concernant les mouvements et enchaînements sur scène. L’écran est aussi utilisé pour projeter en direct les images tournées par la vidéaste qui gère la vidéo en temps réel. Celle-ci quitte d’ailleurs parfois le côté de scène pour aller filmer de près certains détails : « Si elle restera la plupart du temps discrète, la vidéaste entrera elle aussi sur scène pour filmer directement les danseurs en plans rapprochés. Loin d’être invasive, cette intervention à quelques centimètres des corps permet de partager de manière intime la proximité indissociable à la danse… Loin d’écarter l’attention du public des danseurs, cette approche interactive la concentre et joue un rôle crucial, donnant à De la glorieuse fragilité, la dimension humaine qui fait sa réussite. » Source : Céline Stoquart, Sors-tu.ca

Fidèle à une méthode de création qu’elle continue à développer au fil de ses défis chorégraphiques, Karine Ledoyen propose, dans De la glorieuse fragilité, une structure impliquant des jeux et permettant la mise en place d’un spectacle pouvant être modulé à chaque présentation. Pour les danseurs, les règles sont strictes mais permettent toutefois une ouverture du champ des possibles, tout en restant connectés à leur fragilité humaine. « Les danseurs sont formés pour cacher les failles, mais ce qui me touche le plus dans leur travail, c’est au contraire quand il y a des petites choses qui ne marchent pas et qu’ils doivent s’adapter et se réorganiser pour faire face à l’imprévu, affirme la chorégraphe. Au début de chaque projet, j’essaie donc de trouver une nouvelle façon d’amener la fragilité sur scène. » Source : Mélanie Carpentier, Le Devoir

D’une part, pendant le spectacle, les relations entre interprètes peuvent contenir des interactions verbales. D’autre part, l’interprète peut décider en temps réel du temps alloué à sa routine. Il peut aussi jouer de sa vitesse d’exécution, de son déplacement dans l’espace scénique et autres variables. Les objectifs de mouvements imposés par la chorégraphe sont périlleux et les danseurs peuvent ne pas les atteindre pleinement ou faillir à la tâche en tombant, en manquant d’équilibre ou en n’ayant pas la possibilité d’effectuer une tâche au complet.

De plus, chaque participant a droit de regard sur le jugement de sa propre performance et peut réclamer du temps pour reprendre l’action qu’il vient de faire, s’il la juge insuffisante ou ne répondant pas à ses attentes. Ce qui se passe sur scène est réel et influence le cours du spectacle. Le jeu du dépassement des limites est stimulant pour les interprètes, mais toujours fait avec confiance et bienveillance envers les partenaires.

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La chorégraphe

Bien connue dans la Capitale comme étant une créatrice prolifique et investie dans la communauté, Karine Ledoyen propose ici un pas de plus dans une démarche artistique basée sur la fragilité de l’existence, l’art et les relations humaines. En plus de son travail artistique, elle est présentement en étude de maîtrise à l’Université Laval.

Formée à L’École de danse de Québec, Karine Ledoyen a débuté sa carrière professionnelle en France. Revenue au Québec après quelques années, elle a dansé pour la compagnie Le fils d’Adrien danse jusqu’en 2006 avant de fonder Danse K par K, une compagnie de recherche, de médiation culturelle et de production de spectacles de danse contemporaine qui célèbrera en 2020 ses 15 années d’existence. Portées par les rencontres d’artistes et de disciplines variés, les œuvres de la compagnie se veulent des rencontres de métissage réjouissantes, comme le prouve Osez!, un projet marquant pour la danse et les danseurs de la ville de Québec depuis 2002. Les autres spectacles de Danse K par K vus dans les saisons de La Rotonde sont Danse de nuit (2016), Trois paysages (2013), Danse de garçons (2013) et Cibler (2008). La chorégraphie De la glorieuse fragilité a été vue à Montréal en novembre 2018. Elle a été présentée à Toronto en août 2019 et sera prochainement en tournée dans quelques villes du Québec. 

Depuis 2017, Danse K par K est compagnie résidente de la Maison pour la danse de Québec.

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Les interprètes

Elinor Fueter est diplômée des Ateliers de danse moderne de Montréal en 1998. Depuis une dizaine d’années, elle fait partie de l’équipe de la compagnie Montréal Danse. Dernièrement, elle a été vue sur scène dans les spectacles de Caroline Laurin-Beaucage, de Benoît Lachambre et de George Stamos.

Andrée-Anne Giguère est artiste interdisciplinaire : comédienne, performeuse, conceptrice vidéo pour la scène ainsi que metteure en scène. Présentement étudiante au doctorat à l’Université Laval, ses recherches portent sur l’intégration sensible et performative de la technologie sur la scène.  Pour ce spectacle, elle est à la conception, manipulation et traitement performatif de la vidéo sur scène.

Jason Martin a été formé à l’École de danse contemporaine de Montréal. Il a travaillé pour les compagnies de Marie Chouinard, Daniel Léveillé, Danielle Desnoyers, Sylvain Émard, Virginie Brunelle, Dave St-Pierre, Louise Bédard et Dana Gingras. En 2015, il a fondé sa compagnie ENTITEY/Jason Martin.

Simon Renaud est un artiste basé à Montréal qui a dansé pour le Toronto Dance Theatre, Dancemakers, Ottawa Dance Directive, Daniel Léveillé ainsi que plusieurs chorégraphes indépendants, canadiens et internationaux. Il est également chorégraphe. Son travail a été vu à Toronto, Ottawa et Terre-Neuve.

Ariane Voineau a été formée à Nantes, Angers et Genève. Elle habite Québec depuis 2008. Chorégraphe, elle a créé Sous la feuille (2019) et co-réalisé deux courts-métrage de danse. Elle a été co-directrice artistique de la programmation de L’Artère, développement et perfectionnement en danse contemporaine.

 

Les collaborateurs

Aux conseils artistiques et aux répétitions: Ginelle Chagnon
À la conception sonore: Mathieu Doyon
À la recherche sonore: Patrick Saint-Denis
À la dramaturgie: Katya Montaignac
À la conception des lumières: Martin Sirois
À la conception et confection des costumes: Jennifer Pocobene
À la direction technique et régie du spectacle: Cassandra Duguay

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Les critiques

« Les duos […] contiennent des portés d’une tendresse, d’une douceur étonnante, malgré des manipulations corsées. Ces portés poussent les danseurs aux frontières de l’équilibre, de la souplesse, du vertige et de l’imbrication des corps. » Caroline Louisseize, Spirale

« Les danseurs multiplient portées, équilibres, chutes surprenantes, assumées, pleines, lâcher-prises seul ou à plusieurs, pour se rattraper in extremis, pour se raccrocher toujours à l’autre, pour mieux respirer un instant ensemble et repartir. Avec une constante douceur et avec force. » Ludovic Fouquet, JEU Revue de théâtre

« L’aspect relationnel du travail des danseurs brille dans des duos où les corps s’enchevêtrent, prennent appui les uns sur les autres et vacillent ensemble dans des déséquilibres fragiles, parfois périlleux. La confiance en l’autre et la bienveillance dans ces jeux où chacun cherche à dépasser ses propres limites sont mises en lumière. […] Une des grandes réussites de Karine Ledoyen est de faire en sorte qu’une tendresse salutaire vienne étayer les efforts des danseurs poussés avec authenticité jusqu’au point de faille, au tremblement et à l’épuisement. Un état vulnérable qu’ils atteignent dans un esprit ludique, sans avoir l’air d’en souffrir et sans donner l’impression d’être livré en pâture. »  Mélanie Carpentier, Le Devoir

« De la glorieuse fragilité est une réussite. Les 4 danseurs-interprètes sont éblouissants, partageant amitié, rires, complicité mais aussi doutes et épuisement. Psychologique, cette pièce de Karine Ledoyen traite, avec simplicité et poésie, de la danse dans toute son humanité. » Céline Stoquart, Sors-tu.ca

 

Photos : David Cannon

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