Bygones : L’inverse de la banalité | Critique | Revue JEU

Publié le 22 novembre 2019 par Laurence Bégin

Bygones, Out Innerspace Dance Theatre

Bygones est un étrange et percutant objet d’art. Le théâtre de nos anges et démons surgit des ténèbres et se révèle dans des éclats de lumières. Ces apparitions subites, les objets qui s’animent d’une vie propre, le jeu fabulé des corps, permettent une incursion dans l’inconsistance des êtres et des choses. Rien de ce qui se déroule sur scène n’est plausible, ni compréhensible. Face à cet enchaînement fluide auquel se prêtent danseurs et danseuses, entre le néant et les jets lumineux où ils et elles prennent vie, le public n’a d’autre choix que de lâcher prise.

Le spectacle est constitué de brèves scènes, comme des images furtives qui se promènent dans nos esprits lorsque nous flânons. Une lectrice solitaire, empêtrée dans des objets qui la harcèlent. Des corps qui tombent dans le vide. Des têtes, des membres, des parapluies qui traversent le mur de l’obscurité. Ce sont des moments impromptus, qui n’ont en commun que l’incongruité de leur existence même.

Mais cette évanescence des êtres repose sur une précision chirurgicale de la lumière. C’est elle qui décide de tout : elle trace les lignes, découpe la noirceur par grandes tranches, dessine des architectures dynamiques, qui conditionnent les rapports entre les acteurs et actrices de cette fantasmagorie du devenir. On se croirait dans un no man’s land post-apocalyptique où la vie se déploie avec l’urgence de se réinventer. Il y a des êtres hybrides, des monstres fabuleux et innommables, qui vont au-delà des allégories du passé. Et les images s’accrochent à notre propre imaginaire, rappelant des méduses mythologiques, un Shiva dansant, des bestioles aux mouvements étranges, des groupes en mutation continue, qui éclatent et se ressoudent, dans des tentatives acharnées de faire corps.

 

Lire la critique complète de Alain-Martin Richard, dans la revue JEU, le 22 novembre 2019.

Photo : Alistair Maitland

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