Les corps avalés : Nos fins perpétuelles | Critique | Dfdanse

Publié le 3 mars 2020 par Laurence Bégin

08 - Les corps avalés - crédit Raphaël Ouellet

Dans une ambiance de fin du monde, Virginie Brunelle compose Les corps avalés, une fresque à plusieurs tableaux. Au rythme du répertoire classique du Quatuor Molinari, sept corps-tragédie dévoilent leurs pulsions déchirantes. Reine de l’image humaine, la chorégraphe dépeint des relations ambigües où l’on se caresse, se manipule et se souille.

Sobrement, les interprètes entrent sur scène et dépeignent un simple portrait social. Bientôt, ils se déploient à bout de bras, avec leur piétinement comme une onde de choc. Toujours face au public, les danseurs forment des canons fluides, sans jamais se regarder. Leurs relations parallèles deviendront multiples et complexes à d’autres moments. À la fois grandioses et misérables, les interprètes sont à fleur de peau. Dans leurs solitudes dévastées, ils sont définitivement touchants. Chaque fois que ceux-ci tenteront de s’élever, la gravité les rappellera durement. Aussi prompts à nourrir qu’à saccager la terre, ils croient leur souffrance salutaire. Avec des bandes de gazon synthétique, les interprètes martèlent le sol pour être appelés au ciel.

Fidèle à son écriture, la chorégraphe fait émerger la douceur et la douleur des liens humains. Condamné à le retrouver, l’autre devient réconfort, obstacle et vecteur de mouvement. Les vies s’entrechoquent et se réconfortent malgré elles. Et si le rythme imposé fait violence, c’est surtout qu’il entre en contradiction avec un désir inné d’amour.

[…]

Un des points d’intérêts de la construction est que la chorégraphe prend le temps de laisser des images banales se renforcer par l’insistance. Ainsi, des clichés simplistes de la danse contemporaine se voient transformés. Le travail de composition en profondeur entre plusieurs duos est magnifique. Enfin, le ton généralement lourd de la proposition est balancé par plusieurs choix humoristiques. L’humour intelligent et le sourire forcé, propres à la compagnie, ne se démodent pas.

Pour cette pièce, la chorégraphe semble avoir élargi son champ de préoccupations, en ajoutant la question environnementale au propos social. Évoquant des questions résolument actuelles, la poésie dans Les corps avalés annonce un chef d’œuvre en devenir. Qu’on l’aime ou non, le travail de Virginie Brunelle demeure incontournable par la richesse de ce qui le compose et de ce qu’il évoque.

 

Lire la critique complète de Philippe Dépelteau, dans Dfdanse, le 1er mars 2020.

Photo : Raphaël Ouellet

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