La Rotonde
Comédie musicale antigodardesque, par Catherine Genest, Voir

Comédie musicale antigodardesque, par Catherine Genest, Voir

19 janvier 2015

À l’occasion de la présentation cette semaine de Ruminant Ruminant, Catherine Genest s’est entretenue avec Brice Noeser. Voici son excellent article ci-dessous.

Photo: Katrine Patry

Photo: Katrine Patry

Ça fait un bail qu’on l’a remarqué, celui qui a été mis en lumière par Harold Rhéaume dans Variations mécaniquesJe me souviens et Fluide. Après avoir dansé pour Lake, Caron, Wagerer et Ledoyen, Brice Noeser est mûr pour une création solo décalée.

Brice Noeser s’est tout permis. Il danse, met à profit sa grandeur presque télescopique, joue, chante et parle dans cette production presque bidisciplinaire d’abord présentée à Tangente (Montréal) en décembre dernier. Est-ce de la danse? Du théâtre? Quelle importance! «C’est un vieux débat et je pense que ces frontières-là, ces petites boîtes fermées tendent à disparaître», explique son interprète et complice, Karina Iraola. «Il y a beaucoup de créateurs, et depuis longtemps, qui mélangent tout.»

Le chorégraphe d’origine française est de ceux-là, et ses influences vont bien au-delà de la scène au sens large. Combien de gars de danse vous diront qu’ils s’inspirent de Philippe Katerine? «Ce qui m’intéresse dans son travail, c’est qu’il n’a pas peur de la laideur, il n’a pas peur de l’imperfection et, quelque part, il n’a pas peur de jouer avec la pertinence. C’est des choses avec lesquelles je me reconnais.»

Jean-Luc Godard – vous l’aurez deviné à la lecture du titre – a aussi joué un rôle important dans son processus créatif, son processus de «rumination», comme il se plaît à le dire. À l’instar du réalisateur d’À bout de souffle, Noeser structure son spectacle en une multitude de sketches. Mademoiselle Iraola détaille: «On voit ça dans ses films, des morceaux de scène, des collages de scène. Il travaille aussi beaucoup avec la citation et n’hésite pas à mélanger les genres. Comme dans Pierrot le fou, il passe de film policier à comédie musicale!»

Ne cherchez pas Erik Satie

Éclectique, la trame sonore du spectacle pensé par Brice Noeser tire dans tous les sens et pige un peu partout, y compris dans le répertoire de la chanson pop. «On retrouve surtout des compositions d’électro-acoustique ou de Philippe Glass en danse contemporaine, mais j’avais envie de voir ce que ça ferait si j’essayais d’autres styles, ce que ça amène comme idée. J’avais envie de sortir du conformisme, mais à titre très personnel. […] Quand j’étais jeune, j’écoutais beaucoup de bossa-nova, de jazz des années 1940 et des années 1920, j’aimais aussi beaucoup les comédies musicales. Comme Cabaret ou Singing in the Rain.» Un historique personnel dans lequel il puise pour Ruminant Ruminant.

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Source: Voir, Catherine Genest.