La Rotonde
Complexe des genres : vertigineux manège d’émotions

Complexe des genres : vertigineux manège d’émotions

19 octobre 2012

Article de Richard Boisvert, paru dans Le Soleil, le vendredi 19 octobre 2012

(Québec) Premier spectacle de la saison de La Rotonde, première du Complexe des genres de Virginie Brunelle. Plus une chaise de libre. C’est bon signe.

On éteint les lumières. Les premières mesures du Requiem de Mozart résonnent dans l’obscurité. Des projecteurs au plafond font graduellement apparaître trois cygnes étrangement articulés. Trois êtres hybrides, en fait. Sur les torses nus, l’oeil lit les lignes souples de la féminité. Mais les jambes qui sortent sous le tutu blanc présentent une carrure franchement masculine. Le contraste des identités, ou des genres, est on ne peut plus net. Puis chaque créature se sépare pour donner naissance à deux individus distincts. Ce sont maintenant des couples qui évoluent dans le tumulte du Dies Irae. Plongeons fougueux, toupies violentes. On change de partenaire.

Les gars, debout, se saluent et rigolent dans une langue étrangère, en portant les filles comme s’il s’agissait d’une sorte d’appendice ou de sexe. Les filles rigolent aussi, mais la tête en bas. Au Confutatis, les gars s’emparent de leur partenaire en manoeuvrant leur corps comme s’il s’agissait d’une pelle de jardin. Les trois danseuses-objets finissent couchées sur le ventre, arquées comme des bascules de chaises berçantes, dans un balancement désespéré et haletant.

Changement de tableau. Un couple, assis face à face, joue à celui-qui-se-garroche-le-premier-dans-les-bras-de-l’autre. Généralement, c’est la fille qui gagne. Elle atterrit d’ailleurs avec une incroyable rapidité sur son partenaire. La réception, spectaculaire, débouche sur une étreinte féroce et prolongée suivie d’une extase courte et maladroite. Le manège se répète à quelques reprises d’une manière de plus en plus comique. La dimension dramatique du propos s’accentue alors que de l’arrière-scène parviennent les échos d’une fête. Nous sommes presque au théâtre.

On commence peu à peu à saisir le sens, ou plutôt l’absence de sens. La chorégraphe multiplie les directions, de sorte qu’aucune n’est clairement affirmée. Arabesques, attitudes, pointés, portés, la danse classique est très présente. Mais le propos général, résolument de notre époque, est brutalement contemporain. C’est la loi du tout ou rien. Entre les deux, pas de place pour la nuance.

Embarqués dans une sorte de vertigineux manège à émotion, les interprètes passent leur temps en équilibre sur le fil mince qui sépare le mouvement pur de la narration. C’est d’ailleurs ce qui donne à leur prestation toute sa beauté et sa profondeur.

COMPAGNIE VIRGINIE BRUNELLE. Complexe des genres. Virginie Brunelle, chorégraphe. Avec Isabelle Arcand, Luc Bouchard-Boissonneault, Sophie Breton, Claudine Hébert, Simon-Xavier Lefebvre, Peter Trosztmer. Hier soir à la salle Multi de Méduse, à l’occasion de la saison de La Rotonde. Présenté de nouveau aujourd’hui et demain à 20h.

Source: Journal le Soleil, Richard Boisvert

 

 

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