La Rotonde
Contes pour enfants pas sages: le bal des animaux

Contes pour enfants pas sages: le bal des animaux

Article de Josianne Desloges paru dans cyberpresse.ca le 19 novembre 2011

Contes pour enfants pas sages - Pierre-Paul Savoie - Marie-Josée Chartier - photo Yan Doublet - Le Soleil

Pierre-Paul Savoie adore le lien direct et la folie qu'apporte le travail avec des enfants. «On se détache de l'analyse et du besoin de comprendre.» Le Soleil, Yan Doublet

(Québec) Ânes, girafes, lion, autruche, éléphant de mer, dromadaire, antilopes… Les animaux jouent aux humains et les confrontent dans Contes pour enfants pas sages de Jacques Prévert. Les chorégraphes Pierre-Paul Savoie et Marie-Josée Chartier leur donnent corps et voix dans une adaptation scénique qui balance entre fantaisie et conscientisation.

Rares sont les oeuvres de danse contemporaine qui s’appuient sur des textes forts de la littérature. On voit plutôt ça au ballet, voire à l’opéra. Pourtant, Pierre-Paul Savoie, formé à l’École nationale de théâtre du Canada avant d’être formé en danse, caressait depuis longtemps le projet de monter Prévert.

«Parce que, quand tu crées des chorégraphies sans matière, souvent, c’est difficile à communiquer. C’est très poétique, mais parfois illisible pour le spectateur. Tandis que des formes com­me celles de Prévert, ce sont des trem­plins de haute voltige sur lesquels on peut s’appuyer et qui nous laissent beaucoup d’espace pour créer», explique le chorégraphe, qui signe ainsi sa deuxiè­me production jeune public, après Les flaques, avec le théâtre du Carrousel.

«J’adore le lien direct, chaleureux, la folie que ça apporte de travailler avec des enfants. On se détache de l’analyse et du besoin de comprendre qu’on sent avec le grand public», indique-t-il. Pour Contes pour enfants pas sages, l’équipe de création a travaillé en atelier avec près de 500 enfants de quartiers défavorisés de Montréal. L’expérience a suscité toutes sortes de demandes fantaisistes : des girafes à la langue bleue, de «vrais» nuages… Et la certitude que le rythme du spectacle doit être impeccable pour retenir l’attention des petits pendants huit courtes histoires tantôt drôles, tantôt tristes, mais toujours porteuses de questions morales.

Ces sujets de vie font souvent peur aux diffuseurs jeune public, remarque Savoie, mais ils sont nécessaires. «Nous avons, par exemple, des fusils en bois, raconte-t-il, mais qui sont manipulés par les danseurs comme s’il s’agissait de bâtons de majorettes. On sait que les écoles pensent à Dawson, à la Polytechnique, mais on ne fait pas que montrer les fusils, on montre les conséquences du geste.»

Pierre-Paul Savoie voit en Prévert un être poétique, profond et socialement très engagé. «Il parle surtout de comment on traite la nature, comment on traite les animaux, comment les humains se traitent entre eux. Ça résonne encore», indique le chorégraphe, qui a lu les Contes vers l’âge de 12 ans. «J’ai trouvé que c’était particulier comme façon de raconter. Ce n’est pas conventionnel, les fins des histoires sont toujours surprenantes, les jeux de mots abondent. Mais, surtout, il ne prend pas les enfants pour des niais, il croit qu’ils ont une conscience et il s’adresse brillamment à eux.»

Dans le spectacle, danse, chant (notamment un opéra des girafes) et théâtre s’amalgament devant un triptyque de peintures de Richard Morin. Quelques accessoires, sabots, crinière, etc., et gestes simples suffisent pour que l’animal apparaisse. «On a trouvé un langage simple, comme lors­que les enfants miment, et on lais­se beaucoup de place à leur imaginaire», commente Savoie. «C’est probablement un des shows les plus dansés – et avec le plus de texte – que j’ai fait.»

La morale de l’histoire? «Est-ce que l’homme est bon? Pas vraiment. Mais est-ce qu’il pourrait s’améliorer? Oui. C’est surtout ce qu’on retient», répond Pierre-Paul Savoie, qui souhaite ensuite s’attaquer aux Chaises de Ionesco, et faire se rencontrer jeune public et danseurs âgés.

Vous voulez y aller?

QUOI : Contes pour enfants pas sages

QUI : PPS danse et Chartier danse

QUAND : 26 et 27 novembre à 15h

OÙ : Théâtre Les Gros Becs

BILLETS : 17,50 $ et 21 $

TÉL. : 418 522-7880