La Rotonde
[CRITIQUE] Naufragés des temps modernes – Alan Lake Factori(e)

[CRITIQUE] Naufragés des temps modernes – Alan Lake Factori(e)

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De nombreux Montréalais ont pu découvrir Alan Lake, artiste pluridisciplinaire de Québec, avec sa dernière création, l’excellente Ravages, présentée en 2015 à l’invitation de Danse Danse. Le créateur a clairement marqué les esprits, puisque sa nouvelle œuvre, Le cri des méduses, présentée en première mondiale mardi soir, affiche presque complet depuis plusieurs jours.

Pour ce nouvel opus, Lake a puisé son inspiration dans une toile emblématique du courant romantique, Le radeau de la Méduse, par le peintre français Théodore Géricault. Ce dernier s’était lui-même inspiré du naufrage d’une frégate, La Méduse, en 1816 au large des côtes de la Mauritanie, où, sur près de 150 personnes entassées sur un radeau de fortune, 15 à peine avaient survécu. Une histoire tragique, aux accents cauchemardesques de mutinerie, de folie et de cannibalisme, qui avait fait scandale à l’époque en France.

Tout comme pour Ravages, dont les prémices créatrices partaient d’un film tourné à Portneuf, dans une nature déchaînée, Le cri des méduses est d’abord né d’un lieu désaffecté de Québec. De ce laboratoire, le chorégraphe, qui touche aussi aux arts visuels et au cinéma, a tiré un film de danse encore inachevé, mais dont une courte version, magnifique et inquiétante, est disponible sur le web.

Le cri des méduses transpose donc ce travail initial sur un grand plateau scénique pour neuf interprètes et un musicien, Antoine Berthiaume, qui joue en direct une musique enveloppante, parfois inquiétante, où se mêlent sons de guitare, grésillements, sonorités électroniques, voix et bruits de la nature.

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BEAUTÉ FUNESTE

La maîtrise de Lake pour les compositions picturales et la création de tableaux vivants (le tableau final est tout simplement époustouflant) est indéniable. Son travail avec la matière – terre, peintures de couleur, eau, matières visqueuses dégoulinant sur les corps – est surprenant et crée des effets puissants (on aurait aimé en voir plus).

Il y a une beauté funeste, une sensualité qui se marient au macabre dans Le cri des méduses. Ne serait-ce que pour cela, la pièce vaut vraiment le détour.

Cependant, Le cri des méduses, dont la durée est de plus d’une heure et demie, souffre de quelques longueurs et redites. Très introspective dans son rendu, elle se perd parfois dans les manipulations répétées des objets et des corps. L’œil flotte à la surface de ces tableaux d’une beauté tragique, mais peine à plonger en profondeur.

On aurait été curieux de voir l’incorporation à la pièce du court et percutant vidéo de danse réalisé en préambule de cette création, à l’image de ce que Lake avait fait dans Ravages. Cela dit, on salue l’audace du créateur et son travail poussé, réfléchi, qui n’a sûrement pas fini de nous chavirer.

Lisez l’article d’Iris Gagnon Paradis, sur La Presse +, le 22 mars, ici.