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Esprit de meute – Avec Political Mother, Hofesh Shechter promet un autre électrochoc de danse et de musique

Esprit de meute – Avec Political Mother, Hofesh Shechter promet un autre électrochoc de danse et de musique

29 octobre 2012

Article de Frédérique Doyon, paru dans Le Devoir, le 27 octobre 2012

Le plus rockeur des chorégraphes revient décaper les planches montréalaises. Hofesh Shechter, Israélien basé à Londres, s’amène avec sa première oeuvre intégrale, Political Mother, pour dix danseurs et sept musiciens.

Si quelques fragments de texte traversent Political Mother, Hofesh Shechter s’en sert «comme un écho».

En 2009, Danse Danse révélait ce jeune talent au public québécois en présentant le doublé Uprising et In Your Room. Un moment de grâce en forme d’électrochoc. Il s’agissait de ses troisièmes créations à vie, déjà propulsées sur les grandes scènes du monde.

«[Political Mother] est beaucoup plus complexe à maints égards, elle aborde plusieurs sujets et couches de sens et amène différents mondes et diverses réalités sur scène, explique-t-il au bout du fil, d’une voix douce qui contraste avec son oeuvre vigoureuse. Le jeu se fait à travers le montage de ces mondes» qui s’entrechoquent.

Pour l’artiste, la danse est une affaire d’énergie et d’extrêmes: de la pénombre à la surexposition lumineuse, des harmonies lancinantes aux décharges sonores, de la danse libératrice à l’aliénation de la meute. Furieuse et incarnée, celle-ci alterne solos/duos et tableaux d’ensemble, en les braquant. Et elle s’accompagne toujours d’une musique tonique, voire tonitruante, entre rock sale et harmonies moyen-orientales, qu’il compose lui-même, en dialogue avec les musiciens qui l’interpréteront en direct sur scène.

«Ce n’est pas une pièce philosophique, prévient-il, c’est de la danse, alors ça revient toujours à l’énergie – et d’abord celle des danseurs qui évoquent un groupe d’adeptes enthousiastes ou de suiveurs soumis à des diktats opprimants.» Des enjeux de pouvoir et d’émulation qu’on retrouve tant dans l’arène politique que dans la cellule familiale, d’où le titre de la pièce. Political Mother carbure à l’ambiguïté des sentiments d’amour/haine, d’empathie/domination.

«Ce qui est intéressant, c’est d’expérimenter les différences et les liens émotifs, et d’explorer le matériel gestuel, sonore et musical en rapport avec tout ça.»

Au-delà des mots

Shechter s’intéresse d’abord à ce qu’on peut apprendre humainement du langage brut de la danse, de la musique et de la performance scénique. Comment faire autrement quand les tensions à l’oeuvre dans le monde ne suivent elles-mêmes aucune logique? Quand on lui demande s’il y a plus de rage que de tendresse dans son travail, il formule le souhait que les deux s’équilibrent. Le «chaos massif» de sa pièce reste encore bien celui d’une ville écrasée sous les tirs des AK-47. La pièce parle de «destruction pour nous aider à nous concentrer sur les corps».

Son oeuvre n’a pourtant rien à voir avec la guerre, hormis peut-être les émotions radicales qu’elle brasse et qui tiraillent les humains. Mais Israël demeure après tout sa terre natale, coeur d’un déchirement géopolitique insondable. Il a aussi été formé à la Batsheva Dance Company d’Ohad Naharin, dont il se réclame encore aujourd’hui.

Sa danse en porte la marque, avec une influence marquée de Wim Vandekeybus (qu’il a côtoyé au sein de la Batsheva): physiquement puissante, tragique dans l’exultation, émanant d’un propos sociopolitique sous-jacent, latent, qui ne se manifeste jamais de manière logique ou littérale. Si quelques fragments de texte traversent Political Mother, il s’en sert «comme un écho».

Hofesh Shechter a connu une ascension rapide. Formé en danse et en musique en Israël, il arrive à Londres en 2002, après un séjour à Paris. Il crée le duo Fragments en 2004 au théâtre The Place, dont il devient l’artiste associé. Le succès est immédiat, la tournée s’ensuit. Il créera ensuite Cult, suivi des deux pièces vues à ici en 2009. Le revoici, une poignée de chorégraphies – et plusieurs tournées – plus tard. Prêts pour un autre électrochoc?

***

Née… d’une boucle de batterie

Qu’est-ce qui vient en premier, la chorégraphie ou la musique? Hofesh Shechter, rompu à la danse comme aux percussions, pourrait bien répondre les deux.

«La musique définit beaucoup l’énergie et la structure de la pièce, elle est toujours très liée à la chorégraphie», explique-t-il en insistant sur le fait que les musiciens, dans sa pièce Political Mother, font partie des «personnages» sur scène et contribuent au processus de provocation émotive qui s’y joue.

Dans l’avant-propos du dossier de presse, signé de sa main, il raconte méticuleusement son processus de création, allers-retours entre les deux arts. Et souligne sa «passion pour les basses fréquences».

L’œuvre est née d’une boucle de batterie initiale – très librement inspirée d’un groove de Peter Gabriel – aussi obsédante qu’inexorable. Amplifiée de chants aux sonorités égyptiennes, puis de cordes. Le tout finalement interprété par un bassiste, cinq batteurs-guitaristes et un percussionniste.

Source: Le Devoir, Frédérique Doyon

 

Le Grand Théâtre de Québec et La Rotonde présenteront Political Mother le 5 novembre prochain dans la salle Louis-Fréchette

 

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