La Rotonde
Fluide d’Harold Rhéaume: la chimie de la danse

Fluide d’Harold Rhéaume: la chimie de la danse

Article de Richard Boivert, paru dans lapresse.ca, Le Soleil, le 12 décembre 2012

«(Québec) La nouvelle pièce d’Harold Rhéaume s’appelle Fluide non sans raison. Dans l’univers linéaire et lisse créé par le chorégraphe, les mouvements s’allongent, gagnent de la consistance et du poids, et souvent ralentissent. Mardi soir, à Octave-Crémazie, c’est comme si les sept danseurs évoluaient dans une sorte de substance liquide, à l’intérieur d’un organisme vivant.

Sur la scène très horizontale et très blanche conçue par Bernard White, les corps, habillés de noir par Philippe Dubuc, s’élancent dans une série ininterrompue d’étreintes franches et ardentes.

Un long meuble blanc et bas occupe le fond pour fermer cet espace tout en largeur, donc peu aérien, et d’une froideur assez clinique.

Le compositeur Simon Elmaleh a conçu une trame très peu accentuée, faite de grands arcs musicaux, qui, d’un fondu enchaîné à l’autre, vient encore épaissir la densité du tableau.

On peut également voir Fluide comme une onde sans fin qui parcourt la surface de la scène en traversant le corps des danseurs. Le spectateur se croirait un peu comme à la mer, admirant le mouvement cyclique, mais jamais identique des vagues se jetant sur la plage.

À un moment précis de la pièce, le long meuble blanc se transforme effectivement en vaisseau sur lequel les personnages trouvent leur niche et font communauté.

Étonnante flexibilité

Les interprètes demeurent d’une étonnante mobilité tout au long de l’heure que dure le spectacle, particules inertes, incapables de bouger par elles-mêmes, mais incroyablement sensibles à leur environnement. On dirait des cellules dans un fluide nerveux. Sitôt stimulées, elles s’agglutinent avant de se séparer, espèces d’amibes soudées les uns aux autres par la main, le cou, la cuisse, ou même la pointe des pieds, en phase de reproduction. L’exécution demande beaucoup de travail au sol. La relation des corps est si précise, si bien sentie, si épidermique, qu’on a l’impression que les costumes ont été coupés dans le velcro.

Preuve que la chimie opère, Fluide apparaît comme un grand tout organique.

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Le Fils d’Adrien danse. Fluide. Chorégraphie : Harold Rhéaume. Interprètes : Marilou Castonguay, Alan Lake, Brice Noeser, Alexandre Parenteau, Esther Rousseau-Morin, Georges-Nicolas Tremblay, Arielle Warnke St-Pierre. Musique : Simon Elmaleh. Lumières et scénographie : Bernard White. Costumes : Philippe Dubuc. À la salle Octave-Crémazie, mardi soir. Présenté de nouveau aujourd’hui et demain à 20h. Billets : 48 $. Tél. : 418 643-8131»

 

Le Grand Théâtre de Québec et La Rotonde présente Fluide les 11-12-13 décembre dans la salle Octave-Crémazie.

 
 

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