La Rotonde
La Presse – Fluide : picturale, rythmée et magnétique

La Presse – Fluide : picturale, rythmée et magnétique

Critique de Aline Apostolska, parue dans La Presse, le 22 février 2013

«Harold Rhéaume revient à Montréal avec sa nouvelle création. De la belle visite. Ce chorégraphe exigeant et éclectique, implanté à Québec depuis 1999, est très engagé dans le déploiement artistique de la capitale nationale. Mais il tourne beaucoup, au Québec, au Canada et en Europe. Avec Fluide, il offre une illustration sentie de la place de l’individu dans le groupe et de la dynamique attraction-fusion-répulsion qui fonde les relations, mais aussi les sociétés. Une pièce picturale, rythmée. Organiquement magnétique et esthétiquement captivante.

Au commencement, ils sont sept dans la lumière qui découpe l’espace en zones contrastées. Six sont massés en gang compact, un gît au sol. Dès cette première scène est affichée la relation qui tout au long de la pièce va s’établir entre eux, tour à tour: unis puis désunis, tous contre un, puis une pour tous, dans le désir ou la rivalité, collés serrés à deux ou à sept, puis éclatés par des oppositions, voire des affrontements aussi charnels que des rituels amoureux.

Pollock et Rothko

Leurs physiques sont bien distincts, mais tous se ressemblent. Trois filles (Marilou Castonguay, Esther Rousseau-Morin, Arielle Warnke St-Pierre), quatre gars (Jean-François Légaré, Brice Noeser, Alexandre Parenteau, Georges-Nicolas Tremblay) androgynes dans leurs costumes Philippe Dubuc gémellaires: pantalon, chemise, boléro de cuir noir intégral. Noir comme des ombres chinoises ou comme des traits de calligraphie qui se découpent sur le décor blanc, épuré, offrant des possibilités scénographiques inattendues.

La référence volontaire de Rhéaume à Pollock et Rothko est flagrante. Sur la musique contrastée de Simon Elmaleh, envoûtante, puis énigmatique et suspendue, les corps dessinent dans l’espace des scènes de notre humanité urbaine contemporaine.

L’écriture chorégraphique d’Harold Rhéaume, précise, architecturée, est toujours très recherchée et exigeante. L’envergure de la palette gestuelle met en valeur la belle maestria de l’exécution. En solo, en duo ou en groupe, la fluidité est de mise, évoquant la masse ou la vague, et on se laisse emporter.»

Source: La Presse, Aline Apostolska

 

 
 

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