La Rotonde
Foutrement : les mouvements du coeur

Foutrement : les mouvements du coeur

08 novembre 2013

Foutrement, photo par Sandra-Lynn BélangerArticle de Richard Boisvert publié dans Le Soleil, le 8 novembre 2013

«(Québec) «Foutrement», expression familière synonyme de «beaucoup, très», et dont la racine («futuere» en latin) signifie «avoir une relation sexuelle avec une femme», convient parfaitement à la pièce de Virginie Brunelle. Un amalgame plutôt réussi, à la frontière du drame sentimental et de la danse extrême, a pris l’affiche jeudi soir à la salle Multi.

Le spectacle s’ouvre d’une manière volontairement hésitante, au son de «Casta Diva», en trois prises successives. Prise un, un gars et une fille se remarquent mutuellement et, sous le coup de l’émotion, commencent à trépigner d’excitation. Le couple se lance dans une sorte de rituel de séduction. Avant de l’exécuter, histoire de se protéger, chacun des partenaires enfile une paire d’épaulettes de hockeyeur. On s’enlace, puis on se sépare. En fait, c’est le gars qui prend la fuite. La fille, elle, tourne en rond, puis s’immobilise au centre de la scène, en cinquième position.

Prise deux, on répète la prise un, en ajoutant quelques pirouettes.

Prise trois, cette fois, c’est la bonne. On retire les épaulettes et on se rend jusqu’à la fin de l’air de «Norma» en multipliant figures classiques et mouvements libres. Dans ce mélange de ballet sur pointes et de danse contemporaine totalement désinhibée, les corps des danseurs Isabelle Arcand et Simon-Xavier Lefebvre font penser à des aimants que la polarité tantôt attire, tantôt oppose.

L’équilibre, quand ils le trouvent, est d’ailleurs très fragile. Un simple regard, et tout s’écroule.

Changement de scène et d’atmosphère. Après l’opéra, le rock. Le gars a rencontré une autre fille (interprétée par Claudine Hébert). Oeillades provocantes, poses suggestives, mouvements lascifs. Le corps-à-corps, exécuté en sous-vêtements, est digne du Folichon. L’intermède se révèle toutefois plutôt anecdotique. Dès la scène suivante réapparaît la première fille, pieds nus cette fois, et le torse bardé de ceintures, au son de l’«Hallelujah» de Handel.

L’autre fille va finir par rejoindre la première. Ensemble, elles se lanceront notamment dans un duo haletant, en multipliant les prouesses techniques, dans un silence finement synchronisé. Quelle urgence dans l’exécution! Et quels incroyables abdominaux!

Les scènes vont s’enchaîner, le chaud succédera au froid, les corps vont fusionner avant de se séparer de nouveau. À la fin, heureusement, le gars fera son choix.

Au salut, les trois interprètes ruissellent littéralement de sueur.

FOUTREMENT. Chorégraphie de Virginie Brunelle.

Interprètes : Isabelle Arcand, Claudine Hébert et Simon-Xavier Lefebvre.

Jeudi soir à la salle Multi de Méduse. Présenté de nouveau vendredi et samedi à 20 h.»

Source: Le Soleil, Richard Boisvert