La Rotonde
Louise Lecavalier : insécurité créative

Louise Lecavalier : insécurité créative

28 mars 2014

Louise Lecavalier par Hugo-Sébastien Aubert

Article de Stéphanie Vallet paru dans La Presse, le 26 mars 2014

Grosse semaine pour Louise Lecavalier! Alors que sa compagnie Fou glorieux a remporté hier le 29e Grand Prix du Conseil des arts de Montréal, la créatrice présentera à partir de demain So Blue, sa plus récente pièce dévoilée à guichets fermés l’an dernier dans le cadre du FTA. Dossier sur une artiste accomplie qui apprivoise encore son statut de chorégraphe.

Elle danse pour les plus grands depuis 37 ans. Devenue icône de La La La Human Steps en 1981, Louise Lecavalier a été pendant près de deux décennies la muse d’Édouard Lock. Elle a collaboré avec des chorégraphes comme Tedd Robinson, Benoît Lachambre et Crystal Pite.

Pourtant, il lui aura fallu de nombreuses années pour accepter de se considérer comme une danseuse. Et c’est seulement depuis 2012, avec So Blue, que Louise Lecavalier s’est autorisée à se donner pour la première fois le titre de chorégraphe.

«Chaque pièce est comme une pierre qui m’a amenée à l’autre. Mais c’est peut-être I is Memory qui m’a le plus marquée, parce qu’elle m’est sortie du ventre. C’est un solo que j’ai fait pour [le chorégraphe] Benoît Lachambre tout juste après mon opération à la hanche. C’est à ce moment que j’ai compris que j’étais capable de chorégraphier», explique celle qui a pourtant commencé sa carrière en créant une pièce solo intitulée Non, Non, Non, je ne suis pas Mary Poppins, à Montréal en 1982.

Louise Lecavalier aurait-elle encore du mal à assumer son titre de chorégraphe?

«Être chorégraphe se rapporte à un niveau exceptionnel. Je connais un gars qui s’appelle Édouard Lock et qui fait ça à un niveau exceptionnel. Alors j’ai du mal à m’approprier ce titre-là! C’est aussi une question d’insécurité. Je pense souvent à Marilyn Monroe, qui était très insécure et qui ne pensait pas être une actrice, alors qu’elle était excellente», explique-t-elle.

Après s’être laissée guider par les pas d’Édouard Lock, dont elle partagera la philosophie pendant près de 20 ans, Louise Lecavalier a, au cours des dernières années, choisi de revisiter des pièces créées par d’autres, que ce soit Children du chorégraphe britannique Nigel Charnock ou A Few Minutes of Lock – trois de ses anciens duos signés Édouard Lock.

«Il m’arrive parfois, en studio, de redanser des pièces d’Édouard, car elles me manquent.»

So Blue

En 2012, Louise Lecavalier s’est lancée corps et âme dans la création de So Blue, une pièce dans laquelle elle s’illustre aux côtés de son partenaire Frédéric Tavernini, avec qui elle a déjà dansé dans Cobalt rouge de Tedd Robinson.

«Je voulais quelqu’un de grand et de très fluide comme lui. C’est la première fois que je m’embarquais dans une chorégraphie, j’étais très insécure et je sentais qu’il pouvait m’aider. Il sait ce que c’est de participer à une création; il n’attend pas qu’on lui donne les pas. Il est capable d’improviser et de sortir des idées», dit-elle.

Dans un premier temps, Louise Lecavalier a improvisé dans son studio sur de la musique percussive, inventant des séquences intuitives de mouvements.

«C’était un processus à la fois rationnel et hors d’un contrôle chorégraphique, étrange et étonnant. Je me demande si c’est la danseuse en moi qui a trouvé où amener cette danse ou si c’est une chorégraphe inconnue, cachée en moi, qui s’est amusée à faire cette pièce à mon insu», raconte-t-elle.

À venir

La danseuse et chorégraphe est également en vedette dans le court métrage Off Ground du réalisateur néerlandais Jakop Ahlbom, présenté vendredi soir dans le cadre du Festival international du film sur l’art. Elle travaillera l’automne prochain sur un solo signé par la créatrice montréalaise Deborah Dunn. Elle devrait enchaîner avec une nouvelle création de son cru.

«J’aime être autre que moi-même; quand je danse, je m’invente des rôles qui me plaisent mieux. Alors je suis peut-être un peu une actrice. Mais c’est toujours moi que je trouve au bout du compte, fragile encore», conclut-elle.

Performance et longévité

Qui admirez-vous en danse en ce moment?

Israël Galvàn. C’est LE danseur à ne pas manquer. Il me fascine, c’est un dieu de la danse!

Quel est votre tout premier souvenir de danse?

Je me souviens de voir des amis danser. Mes parents ne m’ont pas du tout poussée à faire ce métier. La danse est venue me chercher beaucoup plus que je ne suis allée vers elle.

Comment vivez-vous cette incroyable longévité de votre carrière?

C’est comme dans la vie, on se réveille à 50 ans et on est encore un gamin. La danse est un petit projet que j’ai commencé comme ça et qui continue. Je me sens tout le temps comme une débutante.

Vous êtes très exigeante avec vous-même, non?

J’ai un plaisir dans l’exigence. Et je le suis encore plus qu’à mes débuts. Je suis en découverte perpétuelle du corps. Quand on pense au vieillissement, on pense souvent à moins de possibilités. Mais je ne connais pas cette régression.

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À l’Usine C, les 27, 28 et 29 mars.

Source: La Presse, Stéphanie Vallet