La Rotonde
Ma soeur Alice: reflets électrisants

Ma soeur Alice: reflets électrisants

Article de Josianne Desloges paru dans Le Soleil le vendredi 23 mars 2012

(Québec) Caméra, décompte… Puis ça commence sur un défilé de mode électrique, où les danseurs marquent les pas et enchaînent les demi-tours. Le spectacle Ma soeur Alice de la compagnie Code universel est fait de scènes intenses, rythmées et carrément dance, d’une aura d’émotivité et d’une violence nette et exutoire. Showtime!

Les six interprètes, ou plutôt neuf, puisque les musiciens et le VJ se joignent parfois à la danse, se heurtent, s’étreignent, se retiennent, se déprennent, bref, ils incarnent tous les mouvements des connexions humaines, de groupe ou de couple.

La chorégraphie de Daniel Bélanger joue sur les moments de synchronisme, de décalage et de dédoublement. Le plus souvent, toutefois, elle entrelace les parcours individuels sur la piste de danse, qui semble traversée par des sillons d’énergie vive, virile (ce qui, avouons-le, est plutôt rare en danse contemporaine) ou lascive.

La tête se laisse aller, les ambiances se succèdent: mélancolique, viciée, survoltée, tendre. La tendresse est furtive, toutefois, car c’est plutôt de vertige et de soif sauvage dont il est question dans Ma soeur Alice. La soif de mettre l’autre au pas, de le voir se conformer ou résister, de le séduire de l’épiderme au myocarde. Et Alice? Elle plane.

Par moments, le vertige semble trop intense et le spectacle achoppe sur une scène qui s’étire, une transition trop relâchée ou une surabondance de superpositions d’images sur écran et sur scène. Ça dure à peine quelques minutes, puis le bal grisant retrouve son élan. La finale un peu amère, avec un petit quelque chose à la Orange mécanique, nous laisse avec l’impression de nous éveiller au pire moment d’un cauchemar.

Les images vidéo, pour la plupart captées en direct, de Philippe Lessard Drolet donnent une texture intime au spectacle. Logées sur le manche de la guitare de Jonathan Bélanger, devant un tourne-disque ou dans les mains des danseurs, de petites caméras deviennent des témoins privilégiés. La musique (de Bélanger et de Steve Hamel, aux percussions) est irisée et éclectique. Sa trace reste vive, même longtemps après qu’on ait quitté la salle.

Avec Jean-François Duke, Charlotte Lebossé, Fabien Piché, Eve Rousseau-Cyr, Mélanie Therrien et Ariane Voineau. Présenté vendredi soir et samedi à la salle Multi.

Source : Le Soleil, Josianne Desloges

 

 

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