La Rotonde
Critique de Major Motion Picture par Sylvie Isabelle

Critique de Major Motion Picture par Sylvie Isabelle

 

C’est au tour de la troupe Out Innerspace Theatre de Vancouver de venir nous présenter son œuvre Major Motion Picture dans le cadre de cette foisonnante saison de danse présentée par La Rotonde. Avec un tel titre, on pouvait s’attendre à une trame cinématographique en filigrane de la chorégraphie, surtout que le synopsis nous promettait une exploration des thèmes orwelliens de la surveillance, du pouvoir, de la propagande et de la conquête.

Le public n’a donc pas été déçu : la troupe s’approprie le langage propre au film noir, aux films de série B, aux vieux suspenses policiers en noir et blanc, et même parfois au dessin animé. On pense ici et là à Hitchcock, à La Belle et la bête, à 1984, parfois même à Godzilla ou King Kong, tant dans les mouvements des interprètes, agiles et toujours fluides, que dans la trame sonore qui guide le spectateur à travers les scènes et l’histoire qui nous est offerte.


Crédit photos : Wendy D., M. Doucette

On ne peut s’empêcher de trouver à Major Motion Picture quelques airs de famille avec l’œuvre d’une autre troupe vancouvéroise venue nous visiter l’an dernier, la compagnie Shay Kuebler Radical System Art avec son spectacle Glory : flirtant aussi avec le langage cinématographique, on retrouve dans les deux œuvres le même souffle résolument contemporain et cette facilité déconcertante de passer d’un univers à un autre, en refusant les conventions artistiques. On brise le 4e mur sans hésitation, on multiplie les projections et les séquences vidéo, et les coulisses sont utilisées comme scène.

Major Motion Picture se distingue par son exploration du mouvement, comme si le cerveau n’était pas à la base de son impulsion, mais que nous étions plutôt mus par des forces externes, qui façonnent nos gestes en une chaîne sans fin. On décompose les mouvements, ponctués de ralentis redoutables d’efficacité. Les interprètes donnent littéralement corps à l’angoisse qui nous étreint, la peur qui nous retient, le courage qui nous pousse vers l’avant… Sous nos yeux, plusieurs interprètes conjuguent leurs mouvements pour créer un seul personnage, plus grand que nature. Et à l’inverse, une seule interprète donne vie à un duo émouvant, une histoire d’amour tragique et de naissance.

C’est donc une œuvre excessivement satisfaisante et ludique que le Out Innerspace Theatre nous offre, en créant un contact avec le public dès le début de la performance, contact qu’il maintient tout au long du trop court moment passé en leur compagnie.

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Source: Isabelle Tremblay, Mon Théâtre.qc.ca