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Montpellier Danse, complètement “Gaga” de la dernière pièce d’Ohad Naharin par Télérama

Montpellier Danse, complètement “Gaga” de la dernière pièce d’Ohad Naharin par Télérama

Dans seulement quelques jours, nous accueillerons l’une des plus grandes compagnies au monde, Batsheva Dance Company, avec sa dernière création: Last Work. Voici une excellente critique parue à l’occasion de la présentation du spectacle à Montpellier en France, en juillet 2015.

Le 1er juillet, le chorégraphe israélien éblouissait la 35e édition de Montpellier Danse aux commandes de « Last Work”. Une nouvelle création virtuose pour dix-huit danseurs frénétiques.

A Montpellier Danse, la soirée de mercredi 1er juillet fut un choc. Ohad Naharin, le chorégraphe qui depuis vingt-cinq ans fait rayonner la Batsheva Dance Company de Tel Aviv – couvée à ses débuts par l’Américaine Martha Graham – y a offert sa toute nouvelle pièce Last Work, créée le 2 juin dernier au Suzanne Dellal Center.

La salle si froide et gigantesque du Corum (2000 personnes dans un décor digne de Star Wars) a vu soudain son climat s’humaniser.La réputation de la Batsheva époque Naharin n’est plus à faire : 250 représentations du répertoire par an dans le monde par une troupe au top entraînée à la fameuse méthode «Gaga» – un langage du mouvement développé par le chorégraphe – qui attire les danseurs planétaires. Leur capacité physique est impressionnante. En témoigne cette course à petites foulées qu’une femme en robe bleue accomplit au fond sur un tapis roulant durant toute la performance. Une image persistante à laquelle le spectateur revient toujours pour vérifier si elle tient le coup.

Solo hallucinant

Des deux côtés du plateau, des panneaux alignés laissent passer tour à tour les dix-huit danseurs. Le premier d’entre eux performe un solo hallucinant d’homme long, déliant son corps membre après membre dans un incessant tourbillon dont il contrôle la vitesse à la demande. Puis tous sortent en grappes, progressant à l’unisson à petits pas saccadés, en shorts et débardeurs clairs (la tenue des premiers pionniers d’Israël ?).

Ils s’égayent ensuite pour explorer seuls les postures les plus contradictoires. Corps arcboutés sur le sol, torsions du buste tous azimuts, jambes écartées solidement pliées, bras tranchants et affirmatifs. Les rythmes alternent entre lenteur exacerbée et frénésie affolée de mouvements répétés à l’extrême. La scène grouille et la femme en bleu court toujours dans le décor…

Last Work

Rave Party

Viennent par vagues d’autres tableaux toujours sous-tendus par la bande-son mitonnée sous un pseudo par Naharin lui même. Des notes comme de longues expirations ou des berceuses a capella en hébreu stimulent les corps. Soudain, changement de costumes. Les danseurs passent de chasubles de bonzes à des masques d’escrimeurs et finissent par former un étrange bataillon.

On ne traduit pas toujours toutes les images, mais leur force est saisissante. La présence de ces corps puisant loin leur énergie nous happe. Ils explosent parfois en rave party, comme en écho à la jeunesse de Tel Aviv qui trouve là un exutoire à toutes les tensions. Puis la scène se vide. A l’opposé de la femme qui court toujours, un homme de dos, au geste frénétique, tient une posture a priori scabreuse. Mais gardons le dénouement secret… pour en préserver l’impact. A sa gauche, un autre brandit un énorme drapeau blanc. Celui-ci reliera ensuite tous les danseurs par un ruban de scotch.

A la fin, la scène devient une toile d’où personne ne peut s’extraire. A l’image d’une société où tous se sentent coincés, asphyxiés par la guerre, malgré tant d’énergie vitale ? Naharin explique dans le programme de salle que «chorégraphier offre le privilège de faire passer un message clair et éloquent sans avoir à fournir d’explication». Dans ce dernier spectacle, il a suivi son credo à la lettre.

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Source: telerama.fr.