La Rotonde
Sacré printemps, par Nayla Naoufal, Le Devoir

Sacré printemps, par Nayla Naoufal, Le Devoir

C’est cette semaine que José Navas présente Rites au public de Québec! Le Devoir faisait une très belle critique du spectacle à l’occasion de sa présentation à Montréal il y a un an.

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Photo: Valerie Simmons

Costume noir, chemise blanche, crâne rasé comme toujours. Assis sur une chaise face au public, José Navas a les yeux baissés vers le sol, les mains sur les cuisses. Il y a quelque chose d’à la fois très théâtral, très humble et très pudique dans ce tableau.

Lentement, Navas enlève sa veste et son pantalon. Retentissent les premières mesures du morceau Ain’t No Use de Nina Simone (dans l’interprétation de Rudy Stevenson). Les pieds en première position, il marche, avec un rien de cabotinage espiègle sorti d’un cabaret à Broadway, les paillettes constellant sa chemise brillant sur la scène. Il déploie des bras interminables et tourne. Du vif-argent virevoltant, une virtuosité sans aspérités.

Temps d’arrêt silencieux où on le voit se changer, prenant son temps, s’essuyant le visage, donnant à voir sa vulnérabilité. Torse nu en pantalon blanc, il livre un autre solo au son de la Symphonie du Nouveau Monde d’Anton Dvorák, chantée par le choeur de jeunes femmes du Concerto Della Donna.

Dans cette pièce initialement composée pour le film Danse pour la paix, réalisé par Ian Cameron à l’occasion du centenaire des débuts de la Première Guerre mondiale, ses bras et ses jambes, tranchants et effilés, fendent l’air. Autres tours éclairés par des lumières chaleureuses et orangées…

L’écriture du corps est sensuelle, elle échappe aux formatages du genre. Mi-femme, mi-homme, le danseur est magnifique. Les éclairages de Marc Parent, merveilleux et expressifs, mettent en valeur le mouvement.

Mais la gestuelle dans ces deux premiers solos n’est pas des plus inventives et tend à se répéter, tours, coudes qui s’incurvent de dos, bras qui balaient l’espace. On aurait aimé voir plus d’accrocs, plus de prise de risques.

Théâtralité écorchée

Le troisième solo, très court comme les deux précédents, est plus théâtral, accompagné par un morceau de Schubert chanté par un baryton. De profil, José Navas nous observe, d’un regard incisif. Ici, il est plus sombre, plus cerné, moins lisse. Courbé, ramassé, il se meut tel un animal. Le corps tressaillant, il hurle en silence. Comme si un peu de l’esprit du butô infiltrait Le cri de Munch, incarné par les volutes sophistiquées de Navas. On retrouve l’empreinte chorégraphique de Navas, mais elle est habitée, triturée, légèrement torturée dans ce solo fantastique.

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Source: Nayla Naoufal, Le Devoir.