Chroniques du regard 2016-2017 – Last Work par Ohad Naharin – Batsheva Dance Company

Publié le 11 janvier 2017 par Mario Veillette
Last Work - Ohad Naharin - Photo: Gadi Dagon

Photo: Gadi Dagon

D’une durée approximative de 70 minutes, le plus récent spectacle chorégraphié par Ohad Naharin pour la Batsheva Dance Company porte un titre annonciateur et dramatique (Last Work = dernier travail, dernière production). Est-ce la dernière fois que cet important créateur, maintenant âgé de 64 ans, met en scène une chorégraphie découlant de sa façon très personnelle d’entrainer les danseurs (le « GAGA »)? Est-ce la fin de sa collaboration avec une des compagnies de danse les plus sollicitées au monde par la qualité de son travail et l’excellence de ses productions, lui qui est à la barre de la compagnie Batsheva depuis 25 ans (directeur artistique de 1990 à 2004 et chorégraphe en résidence depuis)? Est-ce un message aux intervenants politiques et subventionneurs pour les sensibiliser à la fatigue du gestionnaire ? Est-ce l’affirmation d’un créateur qui se sent en fin de carrière? Peu importe ! Le spectacle est là, en tournée internationale depuis sa création en juin 2015.

Last Work, c’est pour vous si vous voulez ne pas rater la dernière production d’Ohad Naharin pour la Batsheva Dance Company.

Last Work, c’est pour vous si vous aimez les spectacles surprenants et énergiques.

Last Work, c’est pour vous si vous voulez assister à un spectacle qui ne laisse personne indifférent « Last Work, a recent production choreographed by Ohad Naharin for Israeli dance company Batsheva, is a meditation on futility that ends with an explosion of frustration. This piece will no doubt polarise audiences. » Source: Jordan Beth Vincent.

Le spectacle

Créé pour 18 danseurs et accompagné par la musique de Grischa Lichtenberger, le spectacle Last Work se veut plus sombre que les productions précédentes de la compagnie (dont Hora, vue ici en 2012). On y retrouve les thèmes chers au chorégraphe (l’humain dans la société, l’influence des cultures, l’engagement politique), toujours traduits dans une « physicalité » absolue, précise, animale et très exigeante pour les danseurs en forme athlétique. Les thèmes abordés ici sont dans la gamme du sérieux et du grave. Il est important pour le chorégraphe de toucher le public par la danse car elle peut avoir un impact énorme sur le spectateur : « Il faut venir frais à un spectacle de danse, pour que les attentes ne polluent pas ce que l’on va voir. C’est comme cela que la danse peut changer la vie. Pas avec des grandes idées, pas avec des révolutions, simplement des atmosphères qui touchent les êtres au plus profond d’eux-mêmes.» Source : Le Figaro Magazine via dansedanse.

Dans ce spectacle, le regard du chorégraphe est incisif, les limites physiques et chorégraphiques sont repoussées. L’accompagnement musical surprend parfois par son éclectisme, passant de berceuses chantées a capella à la musique électronique, et accompagne une œuvre un peu mystérieuse : « Last Work est énigmatique et tout à la fois engagée. Les danseurs, comme une tribu sans maître, déploient l’étendue de leurs capacités sans jamais sombrer dans la démonstration. Last Work est à la fois un pur moment de chorégraphie et une ouverture sur le monde. » Source : Philippe Noisette.

Les actions et les sections alternent et sont souvent contradictoires, incluant parfois des poses et des mouvements de groupes tendus, très affirmatifs et exutoires, en bataillons furieusement plantés au sol. Les ensembles sont souvent effectués dans un affolement tourbillonnant et saccadé mais, parfois, en contrepartie, les mouvements sont plutôt minimalistes, faits par des solistes et tout en lenteur.  « À la fin, la scène devient une toile d’où personne ne peut s’extraire. A l’image d’une société où tous se sentent coincés, asphyxiés par la guerre, malgré tant d’énergie vitale, Naharin explique dans le programme de salle que «chorégraphier offre le privilège de faire passer un message clair et éloquent sans avoir à fournir d’explication». Source : Emmanuelle Bouchez.

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Le chorégraphe

Ayant débuté sa formation professionnelle au début de la vingtaine, Ohad Naharin fut vite remarqué par les plus grands. En 1974, Martha Graham l’a invité à se joindre à sa compagnie alors qu’il n’était encore qu’apprenti dans la Batsheva Dance Company. À New York, il a poursuivi son entrainement avec, entre autres, l’American Ballet ainsi qu’à Juilliard. Il ira plus tard passer quelques mois chez Maurice Béjart à Bruxelles.

Ses débuts chorégraphiques ont été faits lors d’un retour à New-York, avec sa compagnie éponyme (1980-90). Ensuite (de 1990 à 2004), il a été directeur artistique de la Batsheva Dance Company. Depuis 2004, il y est plutôt chorégraphe en résidence. Durant toutes ces années en Israël, il a chorégraphié une trentaine de spectacles dont Deca Dance, une œuvre évolutive dans laquelle il réarrange certains extraits de son répertoire. Naharin est aussi musicien et a souvent collaboré aux trames musicales utilisées dans ses spectacles.

Ohad Naharin est très recherché comme chorégraphe et ses œuvres ont été mises aux répertoires des plus grandes compagnies, du Nederlands Dans Theater (Pays-Bas) à la Compañía Nacional de Danza (Espagne), en passant par le Cullberg Ballet (Suède) et le Ballet de l’Opéra de Paris, sans oublier Les Grands Ballets Canadiens de Montréal. Une de ses œuvres les plus adulées date de 1998 et est intitulée Echad Mi Yodea.

Le chorégraphe fait aussi l’objet d’un documentaire qui devrait être distribué au Québec incessamment. Mr Gaga (2015), du réalisateur Tomer Heymann a déjà été primé dans de nombreux festivals, de l’Albanie à la Moldavie et du Texas à la Suède: « Le Prix documentaire 2016 Stefan Jarl (Suède) est accordé à un film raconté dans de nombreuses couches narratives différentes – complexe dans sa forme et son contenu – mais facile à aimer. Tout en introduisant l’univers d’un artiste étonnant, ce film ouvre les portes d’un monde fascinant: politique, douloureux, contradictoire mais finalement beau. Construit à travers des séquences stylisées et significatives, le film est rythmé et visuellement attrayant. Il  parvient à créer en profondeur le portrait d’un personnage tout en nous offrant, en même temps, une plus grande compréhension de la danse comme expression artistique illimitée. » Source: Mr. Gaga News (traduction de l’auteur).

La technique GAGA

Ohad Naharin a mis au point le GAGA, une méthode originale pour l’entraînement des danseurs (professionnels autant qu’amateurs). Cette méthode est maintenant utilisée comme technique de base pour l’entraînement des danseurs de la Batsheva et est à la base du travail chorégraphique de Naharin.

Une (re)lecture de ma chronique du regard « PARLONS GAGA (PAS LA LADY…)» accompagnant le spectacle Hora permettra de vous familiariser plus en profondeur avec cette technique, en plus de trouver un bref historique de la compagnie Batsheva.

Photo: Gadi Dagon

Photo: Gadi Dagon

 

Les critiques de Last Work

« Last Work is a feast for all the senses, a must-see for anyone with a curious mind and a desire to lose oneself in an all-encompassing backdrop of performance, production and talent. » (Last Work est un régal pour les sens. À voir absolument pour ceux qui ont l’esprit curieux et qui souhaitent s’immerger dans une production absolue où la performance s’allie au talent.)» Yoni Cohen, Time Out Israël.

« The piece is breathtaking for the extraordinary dancing by the Batsheva dancers, and the way Mr. Naharin can evoke states of pleasure, pain, madness and a kind of animality — a sheer state of being in the body — through his movement. »  (La pièce est à couper le souffle pour l’extraordinaire performance des danseurs de Batsheva, et pour la façon dont M. Naharin peut évoquer des états de plaisir, de douleur, de folie et une sorte d’animalité – un pur état d’être dans le corps – à travers son mouvement.) Roslyn Sulcas, New York Times.

D’autres critiques sont tout aussi élogieuses et donnent une excellente note:

★★★★½ Jordan Beth Vincent (Melbourne)

★★★★☆  Maxim Boon  (Melbourne)

 

Les liens externes

En plus d’avoir son canal Youtube, la compagnie Batsheva est présente sur Instagram et Facebook.

Le film Mr Gaga a aussi son canal Youtube. Une critique du film,qui lui donne 5 étoiles, est ici.

Le compositeur Grischa Lichtenberger a sa page Souncloud.

Deux auteurs ont inspiré Ohad Naharin tout au long de sa carrière: Italo Calvino et Fernando Pessoa.

 

Pour en connaitre plus sur le GAGA (Textes en anglais) :

“Going Gaga: My Introduction to Gaga Dance Classes” (an overview of Gaga dance classes)

“Gaga: Ohad Naharin’s Movement Language, in His Own Words” (featuring a quote by Ohad Naharin about Gaga)

Gaga: A Foreigner Explores Ohad Naharin’s Movement Language” (a reflection on an experience in Ohad Naharin’s Gaga classes)

“A Glimpse into the Gaga Workshop” (a look into the Gaga intensive held by Batsheva in the summer)

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