Lifeguard: pose tes mains et danse | Critique | Le Soleil

Publié le 25 avril 2019 par Laurence Bégin

©Karolina Miernik003

CRITIQUE / Benoît Lachambre fait de la danse sociale dans le vrai sens du terme, c’est-à-dire en construisant, le temps d’une performance, des liens entre les individus qui l’entourent, le touchent, interagissent avec lui.

On a un peu l’impression de participer à un atelier ou à un cours de travail théâtral. Un premier groupe de spectateurs est invité à entrer dans une pièce carrée, aux murs couverts de rideaux blancs, illuminée par des lumières douces et dont le sol est couvert de tapis en mousse, comme une surface de combat. On entend les voitures passer dans la rue, les autres spectateurs discuter dans le hall, la musique rythmée du cours de danse dans la pièce du dessus.

Benoît Lachambre nous accueille, sourit, nous parle de ses souliers (il est le seul qui a le droit d’en porter), des mouvements qu’il a développés en s’appuyant sur l’extérieur de ses pieds, ce qui lui donne une démarche chaloupée, tanguante, et un ancrage particulier au sol. Plus tard il nous parlera de mémoire du corps, de mémoire du territoire, avant de nous laisser lire à voix haute des noms de lieux tirés des langues amérindiennes.

Des liens se tissent entre les mouvements et les idées après le spectacle, mais pendant, ce sont les jeux et les interactions entre les corps qui canalisent notre attention. Nous sommes invités à nous déplacer, à tenir compte les uns des autres.

Le regard de Lachambre, bleu très clair et très vif, nous transperce. Il cherche le nôtre ou nous sourit, paupières mi-closes, visage tendu. Il attend que les spectateurs apposent leurs mains sur lui, pour ressentir le mouvement autrement, pour le faire entrer dans un pas de deux (de trois ou de quatre) aux règles intuitives. Le geste évoque la guérison, le réconfort, l’accumulation des contacts au cours d’une vie.

Un deuxième groupe de spectateurs entre, on recommence, mais avec de la musique, dans les écouteurs du danseur d’abord, puis dans les hauts-parleurs. Maintenant que la salle est plus remplie, les spectateurs plus aguerris se démarquent et jouent plus longtemps au centre du tapis.

Everyman, everywoman de Yoko Ono résonne dans les haut-parleurs. Muni d’une serpillière, Lachambre s’amuse à déloger les spectateurs trop statiques. Il nous raconte son combat contre la poussière, alors que, le corps brisé, il tentait de faire naître le spectacle. Lorsqu’il logera le manche dans son dos, la serpillière deviendra un panache étrange, une nouvelle manière d’entrer en contact, d’inviter les spectateurs à danser.

Certains se laissent aller, sourient doucement, parlent, alors que d’autres restent plus discrets, en retrait. Ces corps qui dansent (ou ne dansent pas) en révèlent beaucoup sur les personnalités de ceux qui composent cette assemblée chamanique. Benoît Lachambre y bouge en tentant de développer son corps énergétique, de faire repousser ses ailes, de manière complètement décomplexée, connectée, vibrante, le corps secoué de mouvements ondulatoires.

L’expérience nous fait prendre conscience de nos inconforts, de nos conditionnements sociaux, de notre pudeur, de notre attention variable devant les flux de mouvements répétés et cycliques. Impossible de se retirer dans le confort de l’analyse et de la passivité, il faut plonger et — au moins un peu — danser.

Lire la critique complète de Josianne Desloges, dans Le Soleil, le 25 avril 2019.

Photo : Karolina Miernik

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