La Rotonde
Chronique no 8 – Ganas de vivir

Chronique no 8 – Ganas de vivir

Pour ma dernière chronique de la saison, je vous entretiendrai du spectacle d’Élodie Lombardo, co-directrice de la compagnie Les sœurs Schmutt. Tout en présentant le spectacle Ganas de vivir, je ferai des liens avec quelques autres spectacles vus cette année, essayant d’en rappeler les bons souvenirs tout en détaillant certains éléments observables qui font qu’une œuvre de danse soit se distingue d’une autre, soit se rattache à un style de création, une esthétique, un mode conceptuel ou représentationnel.

La saison 2011-2012 de la Rotonde a été de grande qualité, construite avec pertinence et cohérence, riche en diversité de styles et de genres. Elle a amené au public de Québec des œuvres d’origines diverses, autant locales qu’internationales, créées par des chorégraphes de différentes générations et présentant des feuilles de route souvent impressionnantes. En identifiant certains éléments du prochain spectacle et en les reliant aux spectacles précédents, vous pourrez organiser ces connaissances pour aiguiser encore plus votre œil de spectateur et pour peut-être développer votre cadre d’analyse de la danse et de ses composantes, si vous cherchez à mieux comprendre l’univers de la danse contemporaine.

Ganas de vivir est une chorégraphie de groupe créée en collaboration avec les huit interprètes. Mélangeant danse et théâtre, cette chorégraphie est présentée dans une scénographie élaborée. Accompagnée de chants et de musique jouée sur scène, elle est une espèce de danse macabre inspirée de séjours multiples au Mexique et de la relation qu’établissent les personnes de culture mexicaine et espagnoles avec leurs morts et avec la mort elle-même, une relation beaucoup plus légère que celle vécue au Québec. Une danse de la mort qui traite surtout de la vie, dans une ambiance irrésistiblement festive.

 
 

Tout en étant unique en son genre, Ganas de vivir possède des éléments que nous pouvons relier à d’autres spectacles vus en cours de saison. Comme la chorégraphie de Crystal Pite (The You Show), Ganas de vivir est un spectacle très dansant. Il nous transporte dans un univers captivant, dans lequel il est impossible de s’ennuyer. De plus, ce dernier possède une touche d’humour ainsi qu’une étrangeté irrésistible. Comment ne pas s’intéresser à ces personnages qui sont frôlés par « la mort », personnifiée par une Caterina que nous ne connaissons pas sous cette forme au Québec mais dont nous reconnaissons l’archétype au premier coup d’œil?

La chorégraphie de groupe a été créée en collaboration avec les huit interprètes. C’est un mode de création très courant en danse contemporaine, retrouvé dans S’envoler d’Estelle Clareton ainsi que dans la chorégraphie S de José Navas, tel qu’expliqué dans ma chronique Petit guide de lecture chorégraphique (décembre 2011). De plus, le questionnement à la base de la chorégraphie de Clareton (l’idée de migration et de mélanges culturels) a aussi porté Élodie Lombardo dans son processus créatif, elle qui a créé ce spectacle dans un mélange de langues et de cultures, autant au Mexique qu’au Québec, en compagnie d’interprètes de trois continents. Enfin, comme dans S’envoler, nous retrouvons aussi dans cette une danse un groupe en train de se créer des rituels.

Si on essaie de relier Ganas de vivir au spectacle de Louise Lacavalier, nous pourrons retrouver chez les interprètes le même plaisir de jouer qui était présent dans la chorégraphie Children de Nigel Chamock. Ici, cette légèreté presqu’enfantine est présentée avec des costumes et accessoires qui rappellent certaines bandes dessinées.

Enfin, très important, et précieux quand ça arrive, la musique de ce spectacle est en direct. La présence sur scène du musicien-compositeur Guido Del Fabbro et la participation des interprètes à la musique et aux chansons est une importante composante du spectacle et, dans ce cas-ci, une excellente valeur rajoutée. Rappelez-vous l’importance et la place accordées aux musiciens dans les spectacles el12 de Myriam Allard et Hedi Graja et dans Ma sœur Alice de Daniel Bélanger. Rappelez-vous comment la musique en direct joue sur l’impact émotif de la réception d’un spectacle.

Les quelques éléments identifiés ici vous aideront peut-être à saisir le spectacle Ganas de vivir d’un œil plus affuté. En les nommant pour que vous puissiez vous les approprier, je vous encourage aussi à participer aux discussions avec les artistes qui sont organisées après les spectacles chaque vendredi de représentation. Une chance de faire entendre votre voix et d’entendre les artistes de la danse articuler leurs discours dans des mots.1

En terminant, je profite de l’occasion pour vous inviter à relire mes chroniques précédentes et à y réagir. Je vous encourage aussi à continuer à explorer l’univers de la danse contemporaine qui est, comme aurait pu le dire Rostand : «C’est un roc!… c’est un pic!… c’est un cap! Que dis-je, c’est un cap?… C’est une péninsule!». Et, fidèle à ma bonne habitude, je partage avec vous quelques liens Internet plus ou moins directement reliés au spectacle. Ils sont là pour vous donner des pistes, pour attiser votre curiosité et pour vous donner des compléments d’information. Et puisque la force principale d’Internet, c’est le réseautage, de ce pas, je vous envoie ailleurs…

Concernant les rituels entourant la mort dans les civilisations mexicaines et espagnoles:
La mort au Mexique
– Les Espagnols, eux, avaient l’habitude de venir dans les cimetières pour y déposer du pain, du vin et des fleurs pour la Toussaint. Voir le début du film d’Almodovar Volver (2006), ainsi que les 3 premières minutes du Making of (en espagnol)
La danse de la mort (originaire du XIVe siècle) présentée durant la semaine sainte en Espagne. (Version de 2010)

Pour le plaisir:
La danse des squelettes de Walt Disney (1929)
BABELZONE – La chanson des squelettes

Une danse de mort pour les amateurs de ballet classique
Maya Plisetskaya à 61 ans qui danse “La mort du cygne”

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1. Comme a su si bien le faire la chorégraphe Mélanie Demers lors de l’événement Nous du 7 avril 2012

 

 

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Le spectacle Ganas de vivir fait partie de la programmation de l’évènement
Québec Juntos / Ensemble coordonné par Rhizome