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Chroniques du regard 2013-2014,  No3: compagnie Virginie Brunelle, Foutrement de Virginie Brunelle

Chroniques du regard 2013-2014, No3: compagnie Virginie Brunelle, Foutrement de Virginie Brunelle

28 octobre 2013

foutrement-compagnie-virginie-brunelle-photo-tobie-marier-robitaille-cropUn an après nous avoir présenté Complexe des genres, Virginie Brunelle revient à Québec avec sa compagnie de danse. Cette fois-ci, pour présenter Foutrement, créé en 2010, un trio d’une grande intensité conjuguant danse et théâtralité. Cette chorégraphie d’environ une heure a déjà été présentée à maintes reprises depuis sa création et a aussi profité de quelques tournées : Maisons de la culture de Montréal, quelques villes d’Europe et Jeux de la francophonie (2009, au Liban, dans une version initiale).

Foutrement traite de l’infidélité à travers un énergique triangle amoureux : un homme et deux femmes s’entre-déchirent tout en cherchant inlassablement l’amour. Présentée en six tableaux aux ambiances lumineuses et musicales changeantes, sur une scène presque vide, la chorégraphie est composée de nombreux portés et utilise une gestuelle athlétique aux influences classique et contemporaine. La gestuelle est souvent empreinte de rage mais accompagnée d’une trame sonore très douce qui prend littéralement son sujet à contre-pied. Les costumes sont extrêmement simples : «Ça allait aussi très bien avec le thème de l’infidélité. Je voulais aller vers quelque chose de plus osé qui dévoile ouvertement les formes» [i], précise la chorégraphe.

Une chorégraphie dont on a loué le thème direct et cru : « À travers l’aventure sexuelle, l’illusion de l’amour persiste, le doute se mêle au désir et l’attirance devient obsession. Quand la passion l’emporte sur la raison, la confusion mêle amour et sexe, le jeu de la séduction s’ajoute au jeu de l’interdit. Tous en jouissent; tous en souffrent. »[ii] À la création du spectacle en 2010, les critiques dénotent un spectacle généralement très bien reçu malgré un bémol « Portés hauts et violents, chairs qui se fouettent, simulation de coït, mouvements de bassin, mains aux fesses et aux seins, souffles forcés: le matériau chorégraphique est très limité… Les interprètes tiennent la pièce avec fougue. Mais comme Brunelle retire l’affect pour exposer le sexe, sans érotisme et sans désir, le spectateur finit par se désintéresser de ce sacrifice affectif vain. »[iii] Comme tout artiste vigilant, Brunelle a su tenir compte de la réception du public ainsi que des commentaires et critiques en retournant en studio pour peaufiner la plus récente version de sa chorégraphie (version 2012 du Théâtre Quat’Sous), celle que nous verrons ici.

À vous maintenant de faire votre propre idée de la première œuvre longue, qui se veut très émouvante, de la chorégraphe Virginie Brunelle, souvent citée comme membre d’une génération montante de chorégraphes montréalais à surveiller. Des chorégraphes qui travaillent sur des thématiques très actuelles et qui savent faire un « mélange bien dosé de l’esthétique classique ponctué de trash contemporain ».[iv]

Questions d’esthétique

Souvent, je me fais demander si je fais de la critique. Hé bien, non, pas encore ! Mes chroniques peuvent parfois s’en rapprocher mais restent plutôt dans le domaine de l’esthétique, une branche de la philosophie qui, souvent, découle de l’histoire et parfois, mais pas nécessairement, précède la critique. Tout en présentant les faits concernant un spectacle, j’essaie d’en comprendre les composantes pour en décoder la construction. Je partage ensuite mes observations avec vous, spectateurs-lecteurs de chroniques, afin de vous donner des clés d’observation et de vous aider à développer votre « œil de spectateur » et vos capacités de mettre en mot l’analyse (peut-être inconsciente) que vous faites déjà en assistant à un spectacle de danse contemporaine, cet art si souvent décrié comme étant hermétique et inaccessible au commun des mortels.

Cette analyse peut être séparée en plusieurs étapes avant d’arriver, éventuellement, à une critique. La première étape en est une d’observation et de description, et tout le monde en est capable, même la personne qui voit de la danse pour la première fois.

Trop souvent, le spectateur ne veut pas nommer ses observations ou impressions, de peur de se tromper, de ne pas utiliser le bon vocabulaire, de devenir trop savant ou alors de démontrer son inculture. Les activités de discussion suivant les représentations du vendredi sont là, entre autres, pour permettre ces lieux d’échange et ouvrir un partage qui va plus loin que « j’aime, j’aime pas ». Sinon, une conversation plus privée peut tout aussi bien faire l’affaire. Et je le répète, tout le monde en est capable.

Donc, afin de continuer à vous donner les moyens pour devenir des spectateurs de danse contemporaine toujours plus outillés, je ne veux pas vous dire quoi regarder mais plutôt comment regarder… Il est possible de se poser quelques questions élémentaires en regardant l’exécution d’une chorégraphie. Vous connaîtrez les réponses à ces questions relativement simples en sortant du spectacle et elles pourront favoriser l’émergence d’une discussion fertile sur votre rapport au spectacle.

1.- Quelles informations trouvez-vous dans le programme? Que suggère le titre?

2.- Comment était organisée la suite de danse (solos, duos, mouvements de groupe)?

3.- Reconnaissez-vous des mouvements, des expressions ou des motifs gestuels qui reviennent pendant le spectacle?

4.- Quelles formations ou trajectoires avez-vous remarquées (lignes, cercles, diagonales ou autres)?

5.- Comment pourriez-vous qualifier les mouvements utilisés (vigoureux, doux, maladroit, fluide, clair et précis, chaotique, détendu, pressé) ?

6.- Quels sont leurs rapports entre les danseurs? Comment se touchent-ils entre eux?

Cette étape de description pourrait être suivie d’analyse et ensuite d’évaluation (critique). Ces étapes seront détaillées plus tard, dans d’autres chroniques. D’ici là, ouvrez l’œil mais gardez aussi une place à votre sensibilité et aux émotions ressenties, c’est souvent là que vous serez touchés en premier.