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Chroniques du regard 2016-2017 – Mozongi par Zab Maboungou – Compagnie Danse Nyata Nyata

Chroniques du regard 2016-2017 – Mozongi par Zab Maboungou – Compagnie Danse Nyata Nyata

31 janvier 2017
Photo: Kevin Calixte

Photo: Kevin Calixte

Mozongi créé par Zab Maboungou pour la compagnie montréalaise Nyata Nyata, est un spectacle dont la première mouture date de 1997. Repris en 2014 pour célébrer les 25 ans de la compagnie et ayant reçu le prix de la diversité culturelle aux 30e Prix du Conseil des arts de Montréal en 2015, Mozongi nous arrive dans une version d’environ 55 minutes, pour 5 danseurs et 2 percussionnistes.

Mozongi c’est pour vous si vous aimez les spectacles où ça bouge.

Mozongi c’est pour vous si vous aimez les spectacles qui retournent à l’essence du mouvement dansé.

Mozongi c’est pour vous si vous aimez les percussions « live ».

Le spectacle

À partir de mouvements et de rythmes africains remodelés par la chorégraphe dans une approche particulière qu’elle enseigne depuis plusieurs années, et qu’elle explique dans son livre Heya Danse! Historique, poétique et didactique de la danse africaine (2005), la chorégraphe Zab Maboungou, reconnue et récipiendaire de nombreux honneurs et prix, présente sur scène une expérience de connexion fondamentale et essentielle entre rythme, musique et danse. Dans le spectacle Mozongi, le dialogue y est évident dans les relations créées entre les musiciens et les danseurs, entre les danseurs et le rythme, entre la danse et la musique.

Tous ces éléments deviennent essentiels et fondateurs au spectacle. Dans une approche simple et assez rituelle, voire cérémonielle, aucun des éléments ne surpasse l’autre. Chacun d’eux répond aux autres de manière constructive tout en nourrissant la structure du spectacle. La construction, faite en douceur, suit une évolution constante tout au long de la représentation; les mouvements se complexifient et les organisations spatiales éclatent. Les danseurs travaillent le plus souvent en grands ou petits groupes et les quelques soli qui émergent ne sont que des contrepoints permettant d’éclairer l’ensemble.

L’accent de tous les participants est mis sur la présence et l’écoute. Le vocabulaire gestuel et rythmique est connu et intégré par tous et la structure même du spectacle est tissée par cette écoute et ce dialogue. Les tambours, en résonnant autant chez les danseurs et musiciens que chez les spectateurs, aident à sculpter l’espace et le temps tout en permettant de reconnecter avec certaines pulsions organiques et vitales, déjà présentes dans les cérémonies intemporelles venues d’Afrique. Toutefois, Zab Maboungou tient à préciser que le lien entre la musique percussive et le mouvement est plus qu’africain et folklorique. Comme c’est le cas ici, il peut découler d’une origine géographique précise mais, surtout, il est capable d’atteindre et de toucher le côté humain de chacun, peu importe son origine. « Il (le son du tambour) s’adresse directement aux tripes car ce sont les tripes qui animent l’esprit, une science ancestrale bien connue des cultures des Premières Nations, d’Asie ou d’Afrique.» Source: Nathalie de Han.

Sur la photo: Zab Maboungou - Photo: Kevin Calixte

Photo: Kevin Calixte

La chorégraphe

D’origine congolaise et française, née à Paris et ayant vécu sur trois continents, la chorégraphe Zab Maboungou vit à Montréal. Enthousiaste face à la vie, passionnée et grande voyageuse, elle travaille en recherche, en formation et en éducation, tout autant qu’en création et production. « Depuis longtemps, la chorégraphe mène un combat frontal pour, entre autres, libérer la danse africaine de « l’image du nègre dansant ». Tout son enseignement se fonde sur la pluralité des mouvements et des rythmes… Sa pédagogie s’appuie sur une technique pouvant être apprise par tous. Elle a d’ailleurs inventé le concept de lokéto, qui consiste, à travers la musique rythmique africaine, à « identifier les trajectoires du souffle » pour développer l’endurance et la présence du corps dans l’espace. » Source: Zora Aït el-Machkouri.

Cet intérêt pour le « souffle » était déjà décrit il y a plus de vingt ans par Solange Lévesque dans un article intitulé « Zab Maboungou: la méthode rythmique du souffle » (Jeu: revue de théâtre n° 72, 1994) « … si je parle de souffle plutôt que de respiration, c’est que le souffle est un concept plus large, plus global, qui inclut nombre de choses. Il enveloppe plus que la personne et que l’air qui passe en elle ; il englobe tout ce qui se passe autour de la personne ; ce n’est pas pour rien que le mot souffle revient si souvent dans la littérature: en plus d’être englobant, le souffle est fluide, il assure une continuité, un lien qui s’établit entre les choses du monde… Pour que mon corps puisse […] être dans ce souffle, il faut qu’il trouve un langage qui lui convienne, des moyens, des canaux par où il puisse passer, circuler dans ce souffle. »

Pionnière de la danse africaine au Canada, elle a aussi apporté sa contribution au développement de l’art de la danse en Afrique. Ses efforts, sa ténacité et sa résilience lui ont également permis d’être vue et entendue aux États-Unis, au Mexique, en Italie. Ils ont été reconnus par plusieurs prix et distinctions, dont des hommages du Ministère de la Culture du Cameroun (1999) et lors de la Conférence « AfriCan : The Business of Dance » (2003), lors des conférences annuelles de l’International Association of Blacks in Dance (1993 et 2011). Et plus récemment le prix Charles-Biddle (2013) et celui du Conseil des arts de Montréal (2015).

Photo: Kevin Calixte

Photo: Kevin Calixte

Les interprètes

Dans les chorégraphies créées par Zab Maboungou, les tambours ont un rôle fondamental et le rythme se retrouve incarné dans le corps des interprètes. Le rythme sculpte l’espace et le temps à travers le corps de ceux-ci, à travers leurs interactions et leurs utilisations de l’espace scénique.

Dans la version présentée ici, les interprètes possèdent des profils artistiques variés mais ont tous été entrainés intensivement par la chorégraphe. Chacun apporte son bagage et ses « mémoires corporelles » tout en devenant très aguerri aux demandes singulières de la technique d’entrainement et de création chorégraphique favorisée par Maboungou.

Ensemble, ils créent une microsociété solidement soudée, gérée par les sons du tambour, un peu à la manière de médiums à recherche de communications extrasensorielles. L’attention de chacun est portée sur la construction organique d’une cérémonie qui comporte ses règles et ses limites tout en laissant une place à un certain hasard et à une liberté certaine.

Le processus provient du fond des âges mais reste terriblement actuel. Il provoque chez le spectateur le goût de se joindre à la cérémonie qu’est Mozongi, dont le titre signifie « Le retour ».

Les liens externes

Pour quelques extraits vidéos de Mozongi et autres œuvres de la compagnie Nyata Nyata :

Pour des articles plus détaillés sur Zab Maboungou :

  • Les femmes fortes de l’histoire des noirs
  • Narratives of Migration : Carol Anderson’s conversation with Zab Maboungou. Un article dans lequel on peut lire: «Dance is the beginning of intention in the human being. Dance is intelligent, it’s fundamentally intelligent. I don’t even negotiate that, it is something I am so convinced of. When I talk about tradition, and the strong tradition of dance in Africa, I am full of admiration because it’s so rich, so sophisticated in terms of educating the psycho-somatic – the body, the mind, how to place ourselves into the world – which is why African dance has been one of my main centres. People say – and I keep saying – that it is about how to present yourself in the world. I have to come back to this because that’s all I do – making sure I’m present, I’m into the world. Not above. Not under! I keep telling my dancers “We are preparing our death. The more we dance the more we are preparing for our death, because we need to make the soil rich.…” This is what I believe. This is what I feel.»

Deux vidéos qui traitent aussi de percussions :

Une courte vidéo pour faire connaissance avec une pionnière américaine de l’afro-danse: The Legacy of Katherine Dunham.

Une courte vidéo pour rappeler l’apport des « Canadian Blacks » dans la pratique de la danse: TRIBUTE A Moving History of Canadian Blacks in Dance.