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Chroniques du regard 2017-18  No 3 – Major Motion Picture

Chroniques du regard 2017-18 No 3 – Major Motion Picture

 

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Photo: Wendy D. / Spectacle: « Major Motion Picture » / Chorégraphies: David Raymond et Tiffany Tregarthen

La compagnie de Vancouver OUT INNERSPACE DANCE THEATRE présente à la Salle Multi de Méduse une nouvelle création en tournée canadienne. Chorégraphie pour sept danseurs jouant 15 personnages, ce spectacle intègre technologie et danse contemporaine. Réflexion sur la vie contemporaine avec son lot de surveillance, de manipulation et de paranoïa, le spectacle amène le public dans un univers sombre et dystopique quoique teinté d’une certaine dose d’humour et de légèreté.

 

« Major Motion Picture », c’est pour vous si vous voulez revoir une jeune compagnie de Vancouver qui a eu un immense succès lors de sa dernière visite, en 2014, avec le spectacle « Me So You So Me ».  

« Major Motion Picture », c’est pour vous si vous aimez la danse actuelle à saveur urbaine et une utilisation pertinente des technologies audiovisuelles.

 « Major Motion Picture », c’est pour vous si vous aimez les danses à saveur politique. Le spectacle explore les thèmes du contrôle des territoires, des affrontements, de la propagande, des croyances et du pouvoir.

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Photo: Wendy D. / Spectacle: « Major Motion Picture » / Chorégraphies: David Raymond et Tiffany Tregarthen

 

La compagnie Out Innerspace Dance Theatre et Film se consacre à la création d’œuvres de danse contemporaine innovantes et accessibles. Les co-directeurs artistiques David Raymond et Tiffany Tregarthen cherchent sans cesse à dépasser l’aspect esthétique des formes traditionnelles de spectacles de danse en faisant preuve d’ingéniosité dans les moyens techniques et créatifs qu’elle utilise. Les deux artistes sont associés depuis plusieurs années et ont créé ensemble la compagnie Out Innerspace en 2007. Leurs œuvres traitent du corps et de l’expérience humaine. Depuis le début de la compagnie, leurs recherches sur ces deux matières, inépuisables pour eux, sont en constante évolution. Ils intègrent des vidéos dans leurs créations chorégraphiques depuis une douzaine d’années et ont effectué de nombreuses tournées canadiennes. En 2012, la compagnie était même présente au prestigieux festival américain « Jacob’s Pillow ».
Les deux artistes ont aussi fondé Modus Operandi, une passerelle pour jeunes artistes émergents de la danse, les amenant vers la vaste communauté internationale de danse contemporaine. En opération depuis six ans déjà, ce programme amène les jeunes danseurs à réfléchir et à s’investir dans leurs apprentissages techniques, dans la création et la prestation, dans la recherche et le dialogue avec des interprètes et collaborateurs d’expérience.

En plus de leurs activités avec la compagnie, les deux partenaires participent individuellement aux spectacles et créations de divers autres compagnies ou collectifs de Vancouver et de sa région.

 

Les chorégraphes

Tiffany Tregarthen a commencé sa pratique de la danse par le jazz, dansant professionnellement entre autres à New-York pour la compagnie de Mia Michael. Elle s’est installée en Belgique de 2005 à 2007 avant de revenir au Canada pour gagner l’un des quatre prix de la compétition chorégraphique des Grands Ballets Canadiens de Montréal en 2008. Elle a aussi une formation en théâtre et danse dans les spectacles de la compagnie Wen Wei Dance de Vancouver. Sa carrière variée lui offre différents défis en tant qu’interprète, créatrice, éducatrice et directrice artistique.

Tiffany headshot B&W

David Raymond a commencé par la claquette avant d’explorer d’autres formes de danse, incluant un travail avec les danseurs de rue du collectif Over the Influence.  Il aime rechercher des manières alternatives d’utiliser ses acquis (danse urbaine, classique et populaire) et s’intéresse à la curiosité et aux peurs humaines. Récipiendaire d’un prix Isadora en 2010, il danse aussi pour Wen Wei Dance ainsi que pour le 605 Collective. De plus, il filme et conçoit des œuvres vidéo pour le théâtre et l’installation.

David Headshot B&W

 

Les deux chorégraphes sont aussi interprètes dans le spectacle Major Motion Picture.

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Photo: Michelle Doucette / Spectacle: « Major Motion Picture » / Chorégraphies: David Raymond et Tiffany Tregarthen

Le spectacle

Fruit d’une recherche menée sur trois années, à travers différentes résidences tenues dans plusieurs villes canadiennes, le spectacle a été construit en collaboration avec des participants au programme Modus Operandi, leur programme de formation pour jeunes danseurs. On y retrouve un travail incluant le travail de groupe, le travail de masque et une intégration de projections et captation d’images en direct.

À travers une pratique d’improvisation utilisée lors de la recherche et création du spectacle, les chorégraphes ont développé un « personnage » de groupe habité d’une  « conscience collective en mouvement » habitée des désirs individuels mais liés à l’ensemble du groupe, qui se déplace en se construisant et se déconstruisant constamment, se fixant parfois pour de courts instants. Les mouvements des danseurs font écho et amplifient la vie quotidienne tout en répondant, peut-être inconsciemment, aux mouvements sociaux dictés par l’extérieur.

Afin d’ancrer le spectacle dans une réalité proche de ses thèmes et sources d’inspiration, les créateurs utilisent une technologie omniprésente et quotidienne mais qui mérite d’être questionnée : les caméras de surveillance et les captations d’images en infrarouge qui, ici, deviennent partie prenante du spectacle et dévoilent des personnages vivant cachés « ailleurs » mais dans un ailleurs proche pouvant être menaçant. Les « autres », un sous-groupe habitant les coulisses, peuvent facilement venir remplacer le premier sous-groupe sur scène aussitôt que la chance leur est offerte.

Quoique le propos de base soit grave et amène le spectateur dans un monde tragique et dystopique, il est aussi traité avec un peu d’humour et de légèreté. Comme dans leur duo Me So You So Me où une personne en observait une autre, cette fois-ci, un sous-groupe de sept danseurs en observe un autre, les deux étant observés par une créature cauchemardesque.

La surveillance est intrinsèque au propos du spectacle. Elle sert à nourrir les peurs et la paranoïa alimentées par la présence, soit des « autres », soit de la  « créature » (une créature imaginaire digne d’une vision orwellienne ou surréaliste : un manteau géant sans tête, à six pattes et quatre mains). Les caméras de surveillance permettent aussi aux spectateurs de suivre certaines actions en coulisse qui ne seraient pas visibles autrement. Elles permettent enfin de changer le regard que pose le public sur lui-même dans son rôle, plus ou moins consentant, de voyeur ou de témoin. “The piece raises provocative questions about how much we’re being watched these days and how it builds fear, conflict, and paranoia in our society—an idea that’s heightened when, toward the end of the work, the audience is implicated in the watching.” Source: Janet Smith

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Photo: Michelle Doucette / Spectacle: « Major Motion Picture » / Chorégraphies: David Raymond et Tiffany Tregarthen

Le propos du spectacle peut aussi permettre de démarrer une autre série de questionnements :

– De quelle manière sommes-nous consentants dans l’exploitation et la manipulation de masse provenant de leaders faisant et défaisant l’histoire, provenant d’outils de propagandes idéologiques, entrepreneuriales ou institutionnelles de toutes sortes?

– Sommes-nous conscient des conflits manufacturés sur mesure par ces créatures sans tête identifiables donc, dans une certaine mesure, sans imputabilité?

– Comment arrive-t-on à naviguer parmi les idées de la sécurité, du confort et des privilèges, et par conséquent de la fausse sécurité, du confort relatif et des inégalités ?

– Comment la vie contemporaine est-elle affectée par toute cette incertitude, cette peur et cette méfiance programmées par un système invisible pour qui n’y porte pas attention? Un système qui semble inévitable, confortablement installé et très difficile à déloger.

 

Liens externes et articles divers (en anglais) :

La page Vimeo de la compagnie est ici.

Quelques films ayant inspiré le chorégraphe et créateur vidéo : Citizen Kane, The Great Dictator, Chappie, District 9  et Perverts Guide to the Cinema.

Out Innerspace’s Major Motion Picture uses visual magic to conjure an intense Orwellian world. Staright.com, octobre 2016.

Major Motion Picture coming to P.E.I. stage, The Guardian, novembre 2016

Dance preview: Dance meets film meets surveillance video in Major Motion Picture Vancouver Sun, Octobre 2016

Review: Powerful dance première presents a glorious nightmare  Times Colonist, Janvier 2016

Major Motion Picture  The Dance Current, janvier 2016

Out/Inner/Space Dance Theatre performs Major Motion Picture  The Grand Theatre, novembre 2016.