La Rotonde
Mélanie Demers / Junkyard/Paradis – La vie est laide

Mélanie Demers / Junkyard/Paradis – La vie est laide

17 mars 2011

Article de Catherine Genest paru dans voir.ca le 17 mars 2011

Mélanie Demers: "Si je crée, c'est pour me sentir moins seule, pour m'expliquer le monde. Je me sers de l'art comme d'une tribune."

La chorégraphe Mélanie Demers applique une couche de vernis sur son style dérangeant et vient noircir sa signature. Un troisième tour de force chargé d’une bonne dose de maturité.

Pourquoi les roses poussent-elles sur le fumier? Junkyard/Paradis pose la question sans y répondre à travers une chorégraphie profondément troublante. Une mise en mouvement de toute la laideur du monde, atténuée par d’infimes parcelles de lumière. Une cohabitation entre l’horreur et le bonheur. Entre le paradis et, surtout, le dépotoir (junkyard en anglais).

Mélanie Demers refuse une fois de plus de fermer les yeux devant la réalité. À défaut de verser uniquement dans les envolées lyriques, dans le divertissement aussi esthétique qu’insipide, cette production est fidèle à l’attraction que la chorégraphe entretient pour les recoins les plus effrayants de l’âme humaine. Si certains artistes créent des spectacles pour apaiser leur public, Mélanie Demers fait exactement le contraire: elle le confronte à lui-même, à ses propres travers.

« Au départ, je voulais qu’il y ait autant de paradis que de junkyard dans ce spectacle-là, mais je n’ai pas trouvé assez de belles choses. Comment peux-tu faire autrement en voyant tout ce qu’on nous présente au téléjournal? » questionne la femme de danse d’un timbre plus assuré que rassurant, traduisant le calme au terme d’une longue démarche créative plombée par l’horreur.

Même dans la forme, Junkyard/Paradis se veut une oeuvre complexe, en phase avec le monde qu’elle représente. Côté scéno, les désordres humains deviennent objets perdus, dérisoires, des accessoires accumulés, éparpillés au sol. Quant à la chorégraphie, elle promet une cohabitation entre combat et sensualité, composée de moments plus dansés, bien sûr, mais aussi ponctuée par des glissades horizontales où le déséquilibre est chargé de sens.

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