La Rotonde

Père et mère – Pomme constellaire et âmes statuaires

Texte de Mathilde Bois

Les chroniques du regard ont été transportées par la charge poétique de l’œuvre de Mario Veillette. Ce texte s’est formé au fil de l’œuvre, sous mon regard ravi.

Père et mère - Mario Veillette - photo Jérôme BourqueLA POMME CONSTELLAIRE
Le père

Une présence qui craque, un frisson d’existence.

Une vieille pomme fripée qui cherche l’arbre, puis se replie, attend.

Blottie dans les vieilles herbes grasses, entamant comme hier un pèlerinage fatigué au hasard de la venue du prochain pas.

Un grand souffle, puis ses mains s’épanouissent en marguerite sur la pelure verte. Nichée dans un air de jazz, un air d’été, et ah ! bonheur délié ! gravité dénouée ! ô, lassitude, ô doux anonymat sous les rides, sous le soleil… Sous les vagues de l’air, dorées, la chair se répand et se décline entre lenteur et délectation, parmi les expirations capiteuses des herbes.

Ses yeux blêmes et juteux dans la poussière du soleil… c’est l’été, il est ni trop tôt, ni trop tard, nous voici dans un jour lunaire.

Et dans un vacarme de grillons se dessine, au gré des rayons diffus de nos regards, un corps. Fils lunaire, vétéran de Vénus, homme tribal vieilli par les eaux. Âme qui renaît dans une peau vieille comme le monde, qui respire l’air minéral sous les averses d’éclairs.

Corps rond et jeune comme un mythe, corps incantatoire dans les éclats sombres et millénaires. Il berce le monde furieux et ses gestes lents résonnent en hymnes souterrains.

Nouveau né des voûtes, je retournerai dans les gorges aux lentes orbites.

Père et mère - Josiane Bernier Andrée-Anne Giasson Ariane Dubé-Lavigne - photo Nicolas HoudeLES ÂMES STATUAIRES
Les mères

En cris de pétales glissant sur l’air sombre, douces et pâles mères circulaient entre nuit et regards.

Elles marchaient en tristes baisers et en caresses, suspendues en cortège. Comme des papillons de nuit s’entrelaçant dans le déséquilibre de leur songe, fanant soigneusement dans la corolle d’une voix, s’accrochant dans les reflets d’une tendresse solitaire.

Ces vies mortuaires, ces éclats funéraires déposés en tant de caresses sur leurs paupières pâles : «Doucement ! C’est une naissance qui s’échoue dans vos bras !»
Et entre les fleurs qui tombent, vos mains se tressent dans un ciel liturgique.

Ô, veuves graves, vierges statuaires et pleureuses muettes ! Anges frêles. Contemplez, perdez-vous dans l’échéance du ciel. Et déposez vos mains sur toutes les larmes osseuses du monde.

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