Danse: s’envoler ou la tectonique des corps

Publié le 4 novembre 2011 par La Rotonde

Article de Sophie Gall paru dans lapresse.ca le 4 novembre 2011

S'envoler - Estelle Clareton - photo Ben Philippi

Les danseurs se séparent pour essayer d'explorer l'individualité, mais chacun finit toujours par s'accrocher à l'autre, comme on s'accrocherait à la vie. Ben Philippi

(Québec) S’envoler avec un essaim de danseurs qui virevoltent comme des électrons paniqués. C’est ce que nous propose la plus récente création de la chorégra­phe Estelle Clareton, S’envoler, qui ouvre la 16e saison de la Rotonde.

 

L’essaim est tissé serré, puis se délie, dans une série des gestes saccadés, bousculés. Les visages traduisent une inquiétude, une recherche angoissée du contact avec l’autre. S’envoler, c’est un peu l’histoire de corps collés, qui se séparent pour essayer d’explorer l’individualité. Mais les danseurs n’y résistent pas, chacun finit toujours par s’accrocher à l’autre comme on s’accrocherait à la vie.

Estelle Clareton s’est inspirée de la migration des oiseaux qui cherchent la liberté, des nichées qui tentent de prendre leur envol, incertaines, flirtant avec la chute et le déséquilibre. Les oisillons-danseurs, blottis les uns contre autres, appréhendent la sortie du nid. Déployer ses ailes et s’envoler. Pas si évident.

La crispation est palpable au début, les danseurs affichent une anxiété profonde qui fait place à l’impulsion, au désir de danser autre chose, de danser autrement que dans l’étreinte ou dans l’étau. Ces oisillons courageux, ne suivant que leurs pulsions, décolleront après quelques maladresses originales et drôles.

Le rythme, les mouvements qui fusent, l’incessant va-et-vient ont vite fait de nous transporter au sein de cette meute où la tendresse règne. La poésie de la chorégraphie – acide au début, plus douce à la fin – fait vite effet. On entre dans la danse comme dans une histoire, précision et subtilité aidant.

Émotions fortes

La performance de chacun des danseurs est remarquable. Ils incarnent tous des émotions fortes qui sont transmises au public par leurs enchaînements tantôt soyeux, tantôt nerveux, par leurs regards, leur respiration. Seul petit bémol : une séquence acrobatique ou quelques pirouettes moins gracieuses ternissent un tantinet l’ensemble. Mais c’est vite oublié grâce à une fin de spectacle cocasse et inattendue.

On n’en dira pas plus pour ne pas gâcher la surprise, mais S’envoler se termine de façon audacieuse et très bien dosée, le risque de dérapage était grand. Clareton et ses complices contournent brillamment le cliché et le convenu.

Ils devaient être 11 sur scène, mais n’étaient que 10. Brice Noeser, le danseur de Québec, ne pouvait être présent. Déception momentanée dans la salle Multi bondée. Noeser a, de toute évidence, un public bien à lui. Mais le danseur chéri devrait être là pour les deux prochaines représentations.

À la salle Multi du Complexe Méduse, vendredi et samedi, 20h, www.larotonde.qc.ca

Source: La Presse.ca, Sophie Gall

 

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