La Rotonde
En
En
  • Accueil
  • Arrière scène
  • Chroniques du regard 2013-2014, No5: Out Innerspace Dance Theatre, Me So You So Me de David Raymond et Tiffany Tregarthen
Chroniques du regard 2013-2014,  No5: Out Innerspace Dance Theatre, Me So You So Me de David Raymond et Tiffany Tregarthen Wendy D. Photography

Chroniques du regard 2013-2014, No5: Out Innerspace Dance Theatre, Me So You So Me de David Raymond et Tiffany Tregarthen

14 janvier 2014

MSYSM_OISshoot6_Wendy DLe spectacle

Me So You So Me est un spectacle de danse contemporaine présentant deux personnages un peu burlesques que l’on suit pendant une heure, dans une suite d’aventures qui les font se rencontrer, s’affronter, se quitter, se rapprocher ou se fondre l’un dans l’autre. Les personnages semblent vivre une épopée physique et émotionnelle qui les sort des ténèbres, pour mieux les y ramener. Dans un univers à l’esthétique manga (bande dessinée) et pop japonaise, le spectacle est très habilement soutenu par des éclairages judicieux, un peu de vidéo et des effets visuels très réussis.

Tout au long de la présentation, la complicité entre les deux interprètes est très fortement établie. Les deux créateurs et interprètes, David Raymond et Tiffany Tregarthen, offrent une performance attachante, avec une pointe d’humour bon enfant dans une théâtralité très gestuelle. La chorégraphie est originale et raffinée tout en présentant de nombreux aspects surprenants. La gestuelle utilise une variété de styles et dénote diverses influences allant du mime corporel au travail clownesque.

Les éclairages de James Proudfoot sont en symbiose avec les mouvements, la musique et les aspects plus théâtraux. Ils permettent de situer narrativement les personnages dans des univers plus ou moins clos, définis dès le départ par des formes rondes ou carrées. Le spectacle mise aussi sur une trame sonore absolument réussie du percussionniste japonais Asa Chang. Celui-ci offre un mélange d’instrumentations classiques orientales et d’éléments électro-acoustiques plus expérimentaux.

Les chorégraphes-interprètes

Les deux artistes, danseurs originaires de la Colombie-Britannique, sont installés sur la côte Ouest canadienne. Ils sont associés dans la compagnie Out Innerspace depuis 2007 en plus de participer aux spectacles et créations de divers autres compagnies ou collectifs de Vancouver et de sa région.

Tiffany Tregarthen a commencé sa pratique de la danse par le jazz, dansant professionnellement entre autres à New-York pour la compagnie de Mia Michael. Elle s’est installée en Belgique de 2005 à 2007 avant de revenir au Canada pour gagner l’un des quatre prix de la compétition chorégraphique des Grands Ballets Canadiens de Montréal en 2008. Elle danse aussi dans les spectacles de Wen Wei Dance. [i]

David Raymond a commencé par la claquette avant d’explorer d’autres formes de danse, incluant un travail avec les danseurs de rue du collectif Over the Influence. Il aime rechercher des manières alternatives d’utiliser ses acquis et s’intéresse à la curiosité et aux peurs humaines. Récipiendaire du prix Isadora en 2011, il danse aussi pour Wen Wei Dance ainsi que pour le 605 Collective[ii].

La compagnie

La compagnie Out Innerspace Dance Theatre & Film Society[iii], installée à Vancouver depuis 2007, offre un répertoire mixte qui veut, entre autres, présenter au jeune public une danse contemporaine réalisée de façon sophistiquée. Les deux chorégraphes-interprètes, déterminés à rester dans l’innovation, aiment toutefois garder légèreté et fraîcheur dans leurs œuvres tout en souhaitant rester accessibles à un large public. Ainsi, leurs créations poussent les limites des esthétiques et des formes traditionnelles avec une ingéniosité sans retenue.

Après une première collaboration en 2004, les deux artistes sont allés ensemble profiter d’une résidence artistique en Belgique entre 2005 et 2007. Ils y ont étudié, enseigné, créé différentes œuvres (incluant parfois la vidéo) et rencontré le public, en duo autant que chacun de leur côté. C’est lors de leur retour à Vancouver en 2007 qu’ils ont créé ensemble leur compagnie. Depuis, celle-ci est très active dans plusieurs projets d’éducation et de médiation culturelle, faisant découvrir et apprécier la danse contemporaine à de nombreux participants ayant différents niveaux d’expérience, leur faisant expérimenter techniques de création et répertoire.[iv] La compagnie était aussi présente en 2012 au prestigieux festival américain « Jacob’s Pillow »[v].

Pistes d’observation

Revenons au spectacle Me So You So Me. Suite aux chroniques précédentes et toujours dans le but de faciliter votre approche critique, je rappelle ici quelques points d’observations lors du spectacle. Points que vous pourrez nommer avant de peut-être comparer vos réponses avec d’autres spectateurs. Cette première étape d’observation est cruciale. Elle permet d’objectiver le regard, une fois passées les émotions ressenties lors de la représentation.

Ces observations pourront ensuite servir à une éventuelle analyse plus en profondeur du spectacle. Quelques pistes d’analyse seront offertes plus bas. Rappelons le continuum :
(1) Observation et description – (2) Analyse – (3) Évaluation et critique.[vi]

1.- a) Pouvez-vous décrire l’alternance des solos et duos pendant la performance.

1.- b) Pouvez-vous décrire comment les danseurs utilisent leur corps (mouvements et gestuelle) ? Avez-vous reconnu des façons de faire que vous connaissiez déjà (technique de danse ou vie quotidienne) ?

1.- c) Pouvez-vous décrire les relations des danseurs entre eux ? Et avec leur environnement (scène vide, alternance entre le noir et la lumière, couleur des éclairages, projections vidéo) ?

Pistes d’analyse

2.- a) Comment rattachez-vous le titre au spectacle ?

2.- b) Vous avez assisté à une chorégraphie à deux signataires, comment réagissez-vous à ce fait plutôt inhabituel ?

2.- c) Comme la majorité des spectacles de danse, celui-ci a été présenté sur scène, en face des spectateurs, comment réagissez-vous à cette organisation spatiale? Connaissez-vous le concept du quatrième mur ?[vii]

Vous voici donc un peu plus outillés pour devenir des spectateurs attentifs aux subtilités de la danse contemporaine et à ses modes de présentation. Toutefois, malgré ces informations intellectuelles servant à l’analyse, n’oubliez pas le plaisir de vous abandonner au spectacle et de vous laisser embarquer dans le voyage offert par ces créateurs !


[i] En 2010, la compagnie Wen Wei Dance présentait le spectacle COCK-PIT à La Rotonde: https://youtu.be/r3UymJh3Bmc

[ii] https://www.605collective.com/. Il est aussi à noter que des membres du collectif offriront à Québec un stage d’entraînement pour danseur professionnel en mars prochain : https://www.larteredanse.ca/entrainement-continu/

[iv] Tiré du site web de la compagnie : « An education initiative of Out Innerspace, Modus Operandi bridges young emerging dance artists to the contemporary dance community, offering guidance and development of their individual dance practice. Entering in its sixth season, Modus Operandi offers both a 9 month and a multi-year curriculum to 25 dancers developing their interest and integration into the Vancouver dance community and abroad through apprenticeships, technique, creation, performance, research and dialogue not only in contemporary dance, but a variety world dance and related contemporary arts. »

[v] https://www.jacobspillow.org/  Ce site est une immense mine d’informations sur la danse moderne et contemporaine. On y retrouve une foule de renseignements très fouillés et de vidéos historiques présentés par périodes historiques ou genres de danse.

[vi] La description explique les « données de base » de l’événement, avec des détails de ce qui s’est produit, où et quand. Les éléments de l’exécution y sont décrits, y compris le mouvement, la musique, des ensembles, l’éclairage, des costumes, etc. On ne donne pas son avis tout de suite. La description objective évite les adjectifs et les préjugés personnels. L’analyse aborde la signification de la performance et traite de l’exécution de la danse. On y discute images, idées, thèmes, récits et contextes. Des liens sont créés avec les éléments décrits et on cherche à expliquer comment le(s) chorégraphe(s) a utilisé les divers éléments pour exprimer ses idées. La critique pourra ensuite porter un jugement (évaluation) en lien avec l’intention de départ, l’efficacité de la structure, l’atteinte du but et le succès ou non de la démarche.

[vii] Il en sera question plus en profondeur dans la chronique sur le spectacle Trois paysages présenté en mars. https://www.larotonde.qc.ca/spectacle/trois-paysages-2/