Chroniques du regard 12-13, no 6 : Gold d’Hélène Blackburn et Pierre Lecours avec la précieuse collaboration des danseurs

Publié le 7 mars 2013 par Mario Veillette

CAS PUBLIC
Depuis près de 25 ans à la tête de la compagnie CAS PUBLIC, Hélène Blackburn s’est toujours engagée dans une recherche chorégraphique évolutive qui l’a amenée à créer une série de spectacles variés, s’adressant aux adultes autant qu’aux enfants ou aux adolescents. Avec cette compagnie québécoise qui jouit d’une réputation internationale, elle multiplie les efforts pour promouvoir la danse actuelle auprès du public et contribuer ainsi à son développement. Certains spectacles de CAS PUBLIC ont été dansés plus de 300 fois et la plupart d’entre eux ont été présentés dans plusieurs festivals et salles réputées à travers le monde. La compagnie travaille présentement sur un projet de co-création et de coproduction avec la Chine. Un projet ambitieux qui la tiendra occupée pour les prochaines trois ou quatre années. Une collaboration qui impliquera les membres de la compagnie ainsi qu’un chorégraphe et une troupe de danseurs chinois.

Pour Hélène Blackburn et son équipe, chaque période de création devient un nouveau voyage créatif dans lequel les artistes impliqués cherchent à renouveler leurs vocabulaires et à revitaliser leurs approches, afin d’approfondir chaque fois le propos du spectacle. Les thèmes choisis se retrouvent toujours traités avec vigueur, originalité et, le plus souvent, avec une pointe d’humour. Les danses sont exigeantes et demandent toujours, de la part des interprètes, un engagement physique intense ainsi qu’un sens théâtral bien affûté. Même quand elle présente un type de spectacle ciblé pour une clientèle spécifique (spectacle pour enfant de tel âge ou pour tel type de clientèle), elle souhaite que tous les spectateurs puissent en profiter. Que les grands profitent d’un spectacle pour enfant tout autant que leurs rejetons, comme c’est ici le cas pour le spectacle GOLD, annoncé comme étant pour toute la famille (4 ans et plus).

GOLD
Dans GOLD, les deux chorégraphes Hélène Blackburn et Pierre Lecours, avec la précieuse collaboration des danseurs1, s’inspirent de la richesse baroque des Variations Goldberg de J-S Bach2 pour faire naître, dans un environnement visuel dépouillé, un spectacle plein de poésie et rempli d’effets en trompe-l’œil.

La chorégraphie pour cinq danseurs intègre tour à tour écrans mobiles, projections vidéo et objets concrets de la vie quotidienne des enfants. Avec beaucoup de surprises et au grand plaisir des spectateurs, la chorégraphie donne corps à la musique dans une série de scènes très courtes, le plus souvent séparées par des passages au noir. Par son énergie et ses trouvailles scéniques, le spectacle plaira aussi aux adultes. Ils pourront, en plus d’être subjugués par la magie de certains tableaux, apprécier les différentes intégrations des thèmes constituants de l’art baroque, comme les tensions entre la nature telle quelle et la représentation de celle-ci, ainsi que l’utilisation des illusions.

Le spectacle commence avec classe et dans une simplicité visuelle qui sera présente tout au long du spectacle. Sur une série d’écrans mobiles sont parfois projetées diverses images (paysages, personnages). Sur scène, on retrouve des objets réels (balles, chaises, etc…) qui deviennent la base de jeux scéniques très bien construits, utilisant parfois la jonglerie, toujours effectués avec humour et légèreté. Les différentes parties du spectacle, toujours divertissantes, présentent un éventail d’utilisation de la bande sonore et une multitude de façons de bouger. Elles promènent le spectateur du «soft shoe» aux danses de rue, font appel aux habiletés gymnastiques des interprètes ou imposent parfois aux danseurs des mouvements des extrémités qui suivent exactement la cadence effrénée de la musique.

Les danses sont caractéristiques du style de la compagnie: des portés assez sages, des mouvements souvent dissociés aux articulations et une présentation qui se fait parfois en deux duos simultanés avec canons simples (toujours efficaces). Dans la trame sonore, un peu de folie est associée à la déconstruction (intégrant ici des sons que tout le monde reconnaîtra sans peine) qui amène à son tour des brisures de rythme dans la danse. Le découpage précis de la lumière, qui peut par moment rappeler les notes de piano, est remarquable.

LES VARIATIONS GOLDBERG
Pour les enfants, comme pour les grands, la musique de Bach à la base du spectacle peut être une merveilleuse porte d’entrée vers la musique dite «classique». En plus d’être facile d’approche, cette œuvre est encore très présente un peu partout. Sans pouvoir la nommer, presque tout le monde risque d’en avoir entendu des extraits sur la bande sonore de nombreux films. Il existe d’innombrables enregistrements de cette musique3. De plus, on en retrouve extraits et mentions dans plusieurs autres domaines artistiques: du cinéma à la littérature4, en passant par la danse et de multiples émissions de radio et de télévision.

Cette musique est composée d’un air et de ses trente variations, incluant des canons combinés à toutes sortes d’intervalles et de mouvements, faite pour être jouée sur un ou deux claviers. Une légende (de moins en moins crédible) veut qu’elle ait été composée pour apaiser les nuits d’insomnies d’un certain comte Keyserling, ambassadeur de Russie, qui demanda à Bach une suite de morceaux au «caractère plutôt calme et plutôt joyeux, afin qu’ils le pussent récréer pendant (ses) nuits de repos».5 La légende dit aussi que, pour le remercier, le comte lui fit cadeau d’un gobelet d’or empli de cent louis d’or.

Les Variations Goldberg (BWV 988), composées au plus tard en 1740, sont la partie finale de l’œuvre pour clavier de Bach. «Elles sont d’une richesse extraordinaire de formes, d’harmonies, de rythmes, d’expression et de raffinement technique, le tout basé sur une technique contrapuntique inégalable.»6

EN COMPLÉMENT
Pour les curieux, en complément de programme et utilisant un esthétisme tout à fait différent, je suggère la version déjantée de la compagnie Marie Chouinard (2006) : bODY_rEMIX/les vARIATIONS GOLDBERG, aussi dansée sur la musique des Variations Goldberg jouée par Glenn Gould, cette fois remixées par Louis Dufort. Cette version ne s’adresse pas aux enfants. À défaut de se procurer le DVD, on en trouve plusieurs extraits sur Internet.7


1 Il faut rappeler que ces crédits reviennent encore trop peu souvent aux danseurs-interprètes et que le processus de création le plus fréquemment utilisé en danse contemporaine demande aux interprètes, suite aux mises en situation des chorégraphes, de générer eux-mêmes les séquences de mouvements.
2 Dans une version enregistrée par Glenn Gould et revisitée par le compositeur Martin Tétreault (assemblages et recompositions des variations 8, 14 et 21).
3 Il en existe au moins 70, dont quatre différents par Glenn Gould, qui chantonne tout en jouant du piano. « Petit historique des enregistrements des Variations Goldberg de Bach » par Morley Davidson.
4 Les Variations Goldberg (1981) de Nancy Huston.
5 Johann Nikolaus Forkel (trad. Felix Grenier), « Sur la vie, l’art et les œuvres de Johann Sebastian Bach », Leipzig, 1802.
6 https://fr.wikipedia.org/wiki/Variations_Goldberg
7 Compagnie Marie Chouinard. Une bande annonce (1 : 52) au https://youtu.be/fS1uDnIPTvo
Un extrait (10 : 01) au https://youtu.be/AtKd5s0zmiw
L’intégrale (55 : 50) au https://youtu.be/GNh9488y0WI


La Rotonde accueille, avec la collaboration du Musée de la civilisation, GOLD le 17 mars, à 14 h et 16 h, dans l’auditorium Roland-Arpin.

 
 
 

Voir la page du spectacle

Publié dans | Marqué avec , | Laisser un commentaire